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CHAPITRE I

avec lui. Le roi de Neustrie n'était en somme que l'agent et le prête- nom des véritables vainqueurs. Tous les profits de la victoire devaient rester à l'oligarchie des grands bénéficiers, et Clotaire accentua lui-même sans le vouloir, par le supplice de Brunehilde, ce caractère de la révolution accomplie. Dans la personne de la vieille reine, gardienne si jalouse des droits de la souveraineté, ce n'était rien moins que la royauté mérovingienne qui recevait le coup de mort , c'est-à-dire cette autocratie violente et absolue dont la tradition la plus inflexible avait été transmise à Clotaire par sa propre famille. Il ne pouvait plus régner désormais qu'en subissant une forme de gouvernement essentiellement opposée à celle que trois générations de ses pères avaient travaillé à fonder d'après les idées romaines.

Cette forme d'ailleurs, en dépit de quelques apparences, était tout aussi loin de répondre aux tendances de la barbarie germanique. C'était une conception neuve et basée, en théorie du moins, sur des principes chrétiens supérieurs aux préjugés de race. Elle s'affirma nettement environ dixhuit mois plus tard, à l'assemblée de Paris, quand le roi, après avoir rétabli l'ordre dans les Etats annexés, se décida, non pas sans doute spontanément, à compter avec ses alliés.

L'assemblée de Paris est elle-même un acte politique sans précédent. Les Champs de mars annuels, depuis la conquête, n'étaient guère autre chose que des revues de troupes. Cette fois le roi eut affaire à une vraie représentation nationale, à un parlement, dans le sens moderne de ce mot. La présence de soixante-dix- neuf évêques, siégeant avec les chefs de faristocratie à ces assises de la victoire, marquait le commencement de fintronisation de l'Eglise et l'entrée de haute lutte de l'élément roman dans les conseils du pouvoir souverain.

Sans parler des mesures prises pour la liberté des élections ecclésiastiques, ni des immunités d'impôts que les

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leudes, fidèles à leurs préoccupations égoïstes, stipulèrent en faveur de la race franke, le nouveau pacte des grands et de l'épiscopat avec la royauté eut surtout pour résultat d'introduire dans les pratiques gouvernementales des Mérovingiens une réforme capitale. Il fut décrété que les comtes des pagi ne pourraient i)lus y être envoyés du dehors, mais seraient nécessairement choisis parmi les propriétaires de la contrée soumise à leur administration, « afin, dit Tarticle 12 de Tédit, que leurs propres biens répondissent des abus possibles de leur gestion. » Telle fut la loi du haut en bas de la hiérarchie; et le grand seigneur, évoque ou laïque, ne fut pas plus libre dès lors que le roi de prendre hors des limites de chacun de ses domaines l'officier à qui, sous le nom de juge, il déléguait l'exercice de son autorité ^ Cette disposition , dont on ne saurait méconnaître les inconvénients , puisqu'elle tendit à confondre de plus en plus les droits de propriété et de juridiction et prépara ainsi la féodalité, n'en réalisait pas moins, au commencement du vn" siècle, un immense progrès. Les officiers nomades avaient été sous les règnes précédents les fiéaux des provinces , et il suffit do jeter les yeux sur le tableau tracé par Grégoire de Tours ^ de l'administration intermittente du comte Leudaste dans cette cité, pour voir comment ces tyrans d'aventure s'entendaient à pressurer et à corrompre les populations. De fait, l'édit de 614 rendit à peu près illusoire le droit du roi à nommer les comtes. Il n'eut plus qu'à investir de ces fonctions les candidats naturellement désignés, à qui leuirichesse et la force de leur clientèle assuraient la prépondérance dans les divers cantons. Les liens entre le pouvoir central et les administrations locales se trouvèrent du coup ])resque supprimés, et ainsi la monarchie, on paraissant s'unifier, perdit le peu de cohésion (jui lui était resté jus(iue-là.

1 Labbe, Conc, l. V, col. 16-49 et suiv.

2 Gregor. Turon. Hisl. Francor. lib. V, ap. D. Bouquet, t. H.

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