CHAPITRE XI
portes d'Aix-la-Chapelle, était souvent le théâtre : « Ici un coursier caparaçonné, couvert d'or et de métaux précieux, s'enorgueillit d'avoir été choisi pour porter le grand roi. Debout, il secoue sa tête fière et veut courir à travers les hautes montagnes. Enfin paraît, avec un cortège de courtisans , le roi Charles , le vénérable phare de l'Europe. 11 arrive, et son visage souriant étincelle de mille feux; car un cercle d'or précieux entoure sa noble tête : il domine toute la foule de ses hautes épaules. De jeunes serfs portent de longs épieux armés d'un fer aigu , et des filets de lin qui se replient quatre fois sur eux-mêmes; ils conduisent des chiens avides attachés par le cou , molosses à la dent furieuse , dressés à saisir la proie. Mais voici que le roi Charles a quitté le porche sacré de la haute basilique : bientôt les ducs et les premiers d'entre les comtes ont levé leur camp. A la voix du clairon s'ouvrent les portes de la grande ville ; les cors résonnent , un grand bruit se fait au seuil du palais, et la jeunesse s'élance vers la rive du fleuve, précipitant sa course. C'est alors que, longtemps attendue, la reine sort de son royal appartement, entourée d'une nombreuse cohorte, la belle Liutgarde, que le roi Charles a nommée son épouse. Son cou brillant semble emprunter à la rose son tendre coloris ; l'écarlate a moins d'éclat que sa chevelure qu'il tient enlacée; des bandelettes de pourpre ceignent ses blanches tempes ; des fils d'or retiennent les pans de sa chlamyde ; des pierres précieuses ornent sa tête , que couronne un diadème de clair métal ; le lin de sa robe a deux fois été trempé dans la pourpre ; sur ses épaules descendent des colliers qui brillent des feux les plus variés. Les rangs s'ouvrent, et, menant après elle une suite de belles filles, la reine s'avance entre les grands sur un cheval au port superbe. Autour d'elle s'agite une foule de brillants cavaliers. Une autre troupe de cette magnifique jeunesse attend au dehors la royale lignée. S'ouvrant un difficile passage à travers cette élégante cohue, voici le jeune Charles,
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qui, par sa tenue, par son visage, ressemble à son père, dont il porte le nom glorieux. Suivant sa coutume, il presse les flancs d'un coursier fougueux. Après lui se montre Pépin, qui, sous le nom de son aïeul, renouvelle les grandes actions de son propre père, guerrier plein de cœur, héros sous les armes; monté sur un cheval de haute'taille, il se porte au milieu de ses serviteurs, dont il doit conduire l'épaisse phalange. L'éclat de son visage est relevé par l'élincelant métal qui couronne son front.
« Avec un grand fracas retentit la voix rauque des cors; les chiens à la gorge avide remplissent les airs de leurs aboiements; le bruit monte jusqu'aux cieux étoiles. Bientôt paraît le resplendissant bataillon des jeunes filles. Avant toutes les autres, Rothrude arrive sur un coursier au pied rapide et s'élance à la tête de l'aimable cohorte. Dans ses cheveux d'un blond pâle s'entrelace un bandeau violet , que décorent plusieurs rangs de perles. Une couronne d'or, chargée de pierres précieuses, entoure sa tête; une agrafe attache son riche vêtement. Près d'elle, dans ce troupeau de vierges, voici Berthe ^, suivie de ses nombreuses compagnes : sa voix, son cœur viril, sa manière d'être, son visage radieux, tout en elle est à l'image de son père... Vient ensuite la blanche Gisèle, parée d'une robe couleur de pourpre, dont la mauve sauvage forme le souple tissu. Son visage, sa chevelure brillent des plus lumineux reflets ; les teintes de la rose animent son cou de marbre; ses mains ont la blancheur de l'argent; son front a l'éclat de l'or; le feu de ses regards fait pâlir les rayons de Phébus. Joyeuse, efle monte sur un cheval au pied rapide, qui broie de ses dents impatientes son mors couvert d'écume. A sa droite, déjeunes cavaliers; à sa gauche, une foule confuse de jeunes filles ; tout alentour bondissent les coursiers frémissants. La vierge pudique, dotée de tant de biens, est descendue de son palais, bâti sur la haute colline,
1 Bertrade.