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CHAPITRE XI

pour suivre dans la plaine les Iraces du roi son père. Voici Rothaïde, ornée de riches métaux, qui court se placer d'un air triomphant au-devant de sa troupe. Sur sa poitrine, sur son cou, dans ses cheveux, brillent les pierres les plus diverses; un manteau de soie couvre ses blanches épaules; sur son Iront radieux repose une couronne ornée de perles; une épingle d'or, surmontée d'une perle, rapproche les deux côtés de sa chevelure. Elle ira, la belle vierge, portée par un coursier superbe, chercher dans ses retraites le cerf au poil hérissé. Cependant arrive Théodrade, non moins brillante que ses aînées. De son front gracieux descend une chevelure dont l'or envierait l'éclat ; des émeraudes étrangères ornent son beau cou... Autour de cette vierge illustre, qui aime à porter le cothurne de Sophocle, s'agite un bataillon pressé de jeunes filles, et derrière elle se déroule un long cortège de grands. Assise sur un cheval blanc aux vives allures, la pieuse fille du roi Charles va pénétrer dans la forêt, ayant quitté le palais de son père. Enfin, au dernier rang (mais c'est le sort qui lui a donné cette place), paraît lliltrude ; et les vieillards ferment la marche.

« Sur les bords du fieuve arrive de tous côtés une noble foule, qui , passionnée pour la chasse, vient se presser autour du roi. Bientôt tombent les chaînes de fer qui contenaient l'ardeur des chiens rapaces'... »

D'autres vers, de l'évèque Théodulf, nous représentent le grand roi assis à table et recevant les caresses et les présents des charmantes princesses qu'il idolâtrait. « Ce qui le charmait chez l'une, c'était la douceur de sa voix; chez l'autre, la fraîcheur de son sourire; chez ceUe-ci, la grâce de sa démarche; chez celle-là, sa mutinerie. » Elles se pressent autour de lui ; les unes le couronnent de fleurs , les autres le servent. « Bertrade apporte des roses, Rothrude des violettes , et Gisèle des lis ; Rothaïde lui offre les trésors de

1 Versus de Carolo Magno; D. Bouquel, l. V", p. 390.

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Pomonc, Hillriule ceux do Cérès, eL Théodrade ceux de Bacchus^ «

A peindre de tels tableaux d'intérieur, les flatteurs de Charles étaient assurés de toucher à sa fibre la plus sensible le cœur du puissant roi. Il avait, en effet, pour ses fdles une tendresse malheureusement excessive et dont il eut lieu de se repentir. Pour ne pas se séparer d'elles, il ne consentit jamais à les marier. Rothrude, seule, fut fiancée dans son enfance, comme on l'a vu, à l'empereur Constantin. Les vicissitudes de la politique, qui avaient amené ce projet d'union, le firent aussi rompre. Ofla, roi de Mercie, un des admirateurs et des plus fidèles alliés du roi frank, demanda pour son fils Ethelwold la main de Bertrade; mais le père ne put se décider à la voir s'éloigner. « Si favorisé en toute autre chose, observe Eginhard , il éprouva dans ses filles la malignité de la mauvaise fortune ; mais il dissimula ce chagrin, et se conduisit comme si jamais elles n'eussent fait naître de soupçons injurieux et qu'aucun l)ruit ne s'en fût répandu-. »

Ce témoignage d'un familier de la cour est assez significatif. D'autres récits contemporains donnent d'ailleurs des détails qui ne laissent aucun doute sur la nature et ]'('tendue des chagrins domestiques qui attristèrent la vieillesse de Charlemagne.

Le tableau de fantaisie tracé par Théodulf, et que l'on vient de rapporter, est loin de donner une idée exacte de la sévère ordonnance des repas du palais, ('e n'étaient pas ses filles, mais ses grands officiers, « des rois » . dit le moine de Saint- Gall, toujours enclin à l'emphase, qui servaient fempereur. Toutefois le service en lui-même n'avait rien de luxueux; il se composait de quatre mets, dont un rôti. Charles préférait ce dernier à tout le reste ; car les « trésors de Pomone » ne

1 Theodulfi Aurelian. Episcopi car mina ,IY ^ ad caiîolum regem; ap. D. Bouquet, l. V, \K 418.

2 Eginh. Vita KaroU Magni , cap. xix,

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