CHAPITRE XI
neurs ceux qui renseignaient ^ » Aussi quiconque, en pays étranger, avait acquis du renom par son enseignement s'empressait de venir chercher à la cour de Charles, et dans les grands établissements scolaires fondés sous ses auspices, la consécration et la récompense de ses talents. Il avait, pour découvrir le mérite et pour l'utiliser, un instinct merveilleux. Un jour deux Hyberniens débarquent d'un navire marchand sur une plage neustrienne. A la foule qui s'étonne de les voir sans pacotille, ils disent : « Ce que nous ayons à vendre, c'est la science. Qui veut en acquérir? « Le vulgaire les prit pour des insensés; mais l'empereur, instruit de l'événement, voulut voir ces deux marchands extraordinaires, les interrogea, et , reconnaissant qu'ils avaient dit vrai , les traita avec beaucoup de distinction. Tous deux illustrèrent bientôt les chaires des écoles impériales ^
On parlera plus loin de ces écoles et des études qu'y dirigeaient les maîtres des sept arts. Mais il ne faut pas confondre, dans le palais, l'école proprement dite, ouverte à des étudiants nombreux et de toutes conditions, qui y suivaient des cours réguliers, et l'académie, réunion d'élite, composée, il est vrai, des maîtres de l'école et de ses élèves les plus distingués, mais oi^i les formes méthodiques de l'enseignement étaient remplacées par des conférences, par des lectures de petits poëmes, par des discussions ingénieuses ou des controverses philosophiques : sortes de tournois de l'esprit, dont Alcuin nous donne de curieux spécimens dans ses ouvrages. Alcuin lui-même était le principal personnage de cette académie, oi^i il prenait le nom de Flaccus. La plupart des membres avaient également emprunté des surnoms à l'antiquité sacrée ou classique. Le roi Charles avait pris celui de David; l'archichapelain Angilbert s'appelait Homère; Adalhard , petit -fils de Charles - Martel , Augustin;
' Eginli. Vila Karoli Magni , cap. xxv.
2 Warnkœnig el Gérard, Hist. des Carol., t. I, p. 368,
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l'historien Eginl^ard, Beséel; Wala, frère d'Adalliard, Arsène. Les princesses de la cour faisaient aussi partie de la docte assemblée, où la reine Liutgarde devenait Ava, Rothrude Colombe , Gisèle Délie, etc.
Cette institution , dont bien des exercices nous paraissent aujourd'hui puérils, eut cependant une influence salutaire et un mérite incontestable. EUe entretint à la cour et propagea au dehors le goût de l'instruction. Au contact de ces esprits supérieurs, Charlemagne s'était senti pris d'une ambition irréalisable. « Si on secondait votre zèle, lui disait Alcuin, peut-être verrait-on s'élever en France une Athènes nouvelle , bien plus brillante que l'ancienne , l'Athènes du Christs » Il eût voulu, en effet, faire de ses peuples enfants une nation d'Athéniens. Il rêvait de transformer le monde parla régénération des études, et de faire rayonner jusqu'aux extrémités de son vaste empire le foyer de lumière qui brillait à la cour. « Ah! s'écriait-il un jour, irrité des lenteurs et des obstacles de son œuvre civilisatrice, que n'ai-je douze docteurs comme saint Jérôme et saint Augustin ! » A quoi Alcuin ne put s'empêcher de répondre : « Vous en demandez douze, quand Dieu lui-même, le créateur de toutes choses, n'en a eu que deux-! » L'idéal de la perfection tourmentait le héros, et lui donnait de ces impatiences enfantines.
Impuissant à hâter selon l'ardeur de ses désirs le progrès de l'humanité, il ne cessa du moins de travailler à sa propre culture. 11 avait suivi, étant enfant, les leçons de l'école palatine. Il se remit à l'étude quand il fut roi. Il étudia la grammaire, qui embrassait alors loule la littérature, avec Pierre de Pise, la rhétorique et la dialectique avec Alcuin. L'astronomie surtout le captiva ". Il se familiarisa avec les
1 Alcuin. Opéra, I. I, p. 102, cité ap. Hauréau. Charlemagne et sa cour, p. 203.
2 Moiiach. Saiigall., de Gesiis Caroli Magni , lib. I , cap. ix.
3 Eginh. Vila KaroU Magni , ca|). xxv.
XIX<' SIÈCLE — ÉCOLE ALLEMANDE
L'empereur Frédéric Barberousse visite dans son tombeau Charlemagne, qu'on y avait assis, et non couché.— D'après une fresque d'Albert Rethel à Aix-la- Chapelle et une gravure publiée en 1870. — Les ornements des deux demi-tympans sont l'œuvre de M. Duvivier.