CHAPITRE XJI
qui touche au mariage et aux droits et devoirs respectifs des époux^
Si les assemblées dont on vient de tracer le tableau ne constituaient pas une représentation nationale ; si les grands personnages qui les composaient n'y formaient pas un corps aristocratique, agissant directement et dans son propre intérêt sur la conduite du gouvernement; si, en un mot, la vieille institution du mallum germanique avait dépouillé le double caractère que nous lui avons vu successivement, avant et après la révolution de 613, quelle était donc son utilité , quel était son rôle dans la monarchie absolue de Gharlemagne? Voici, sur cette question, l'opinion d'un bon juge : « Je n'y vois, dit Guizot, que l'œuvre transitoire, la sagesse personnelle d'un grand homme, qui se sert de ce moyen pour établir dans son empire quelque unité, quelque ordre, pour exercer le pouvoir avec connaissance et efficacité... Est-ce à dire que ces assemblées fussent vaines ; qu'il y faille voir de purs instruments d'un pouvoir despotique, des réunions étrangères au peuple et sans influence sur le gouvernement? Je suis loin de le penser. Il serait plus absurde encore d'attribuer au vni° siècle notre science et nos inventions en fait de despotisme, que de prétendre y retrouver nos institutions et nos garanties en fait de liberté. Ce n'était point contre les libertés pubHques que le gouvernement de Gharlemagne avait à lutter; ce n'était point du pouvoir de Gharlemagne que les libertés publiques avaient à se défendre... La dissolution de toute société un peu étendue, le combat désordonné des forces individuelles, la domination arbitraire des hommes puissants dans leur territoire, c'était là le mal qui travaillait la liberté et le pouvoir, le peuple et le roi. La nécessité de l'époque n'était donc point que les rapports de la nation et du gouvernement fussent bien réglés et garantis, mais qu'il y eût un gouvernement et une nation,
i Guizot, Hist. de la civilisation en France , xxi'= leçon.
car l'un et Taulre périssaient. C'est là ce qu'entreprit Charlemagne; c'est à ce dessein que servaient les assemblées... Isolés dans leurs districts et sur leurs domaines, ces ducs, ces comtes, ces grands bénéficiers, si pesants pour la population qui les entourait, n'eussent été pour Charlemagne que des étrangers ou des ennemis. Fréquemment rassemblés auprès de lui, tombant alors dans la sphère de son ascendant personnel, ils étaient ses conseillers, ses alliés, devenaient bientôt ses agents et reportaient dans les provinces, après l'avoir acceptée pour leur propre compte, sa domination, qui valait mieux que la leur'. »
En un mot, la fonction des membres de l'assemblée n'était pas de représenter les idées du peuple ou celles de leurs classes privilégiées dans les conseils du gouvernement, mais bien plutôt de transmettre dans les diverses parties de l'empire la pensée propre et l'impulsion spontanée du chef de l'Etat. Tous, nous l'avons dit, avaient des charges publiques qui faisaient d'eux les représentants officiels et permanents du pouvoir central dans les provinces. Comte ou vicaire , bénéficier du domaine, avoué ou vidame des églises, évoque môme et abbé, chacun, à un titre quelconque, mais à un titre certain, appartenait à la hiérarchie des dignitaires ou des fonctionnaires de l'empire.
Trois grands officiers formaient le conseil ordinaire de Charlemagne et présidaient, sous sa direction, à toutes les branches des services administratifs; c'étaient l'archichapclain, le comte du palais et le chancelier.
L'archichapelain, qu'on appelait encore apocrisiairc , secrétaire, conseiller intime, n'était plus seulement le chef des clercs de la chapelle palatine; ses attributions, rapidement accrues, embrassaient toutes les affaires ecclésiastiques et par conséquent l'enseignement.
Le comte du palais, gouverneur de la maison de l'empe-
1 Guiznt, Essais su7^ l'iiist. de France, iv essai.