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CHAPITRE XII

gliger la culture romaine. Plusieurs d'entre eux ne se piquaient-ils pas de composer des œuvres littéraires et des traités didactiques dans la langue de Virgile ou de Cicéron? A un point de vue plus pratique, ils avaient besoin, d'ailleurs, d'agents instruits et diserts pour l'administration et la diplomatie. Les hommes d'origine romane, à qui leur supériorité, sous ce rapport, valut d'abord un si grand crédit, ne tardèrent pas à trouver des émules parmi les fils des Franks , et l'on a vu que l'éducation séculière reçue par saint Arnulf à la cour de Metz l'avait rendu propre à occuper plus tard les plus hauts emplois ecclésiastiques. Réorganisée déjà par Clotaire II , l'école palatine entra définitivement dans les voies du progrès sous Pépin le J3ref. Il fallut alors dédoubler l'office du chapelain , et l'enseignement littéraire et scientifique y fut confié à des professeurs spéciaux.

Alcuin fut le plus illustre de ces maîtres. On a vu comment il s'attacha au roi Charles, en 781. Pietourné peu après dans sa patrie, il était revenu en 788, et depuis lors il appartenait à la France. Il avait déjà trouvé dans les chaires palatines le grammairien Pierre de Pise et Paul Warnefrid, poëte, linguiste et historien. Ces deux derniers étaient Langobards; la prise de Pavie en 774 les avait faits sujets du roi frank. Charles les emmena avec lui et les combla d'honneurs, mais sans jamais pouvoir leur faire oublier leur patrie italienne, 01^1 tous deux retournèrent au bout de quelques années. Un Goth d'Espagne ou de Septimanie, Théodulf le poëte, venu à la cour vers le temps oij. fut publiée la circulaire citée plus haut, y montra des talents qui le firent bientôt élever au siège épiscopal d'Orléans.

On ne saurait dire quelle fut la matière spéciale de l'enseignement de chacun de ces régents illustres. Mais, à coup sûr, il y eut dans l'école palatine un plan régulier d'études, dont on trouve le cadre dans les ouvrages d'Alcuin \ et qu'il ne

I Fv. Moniiier, Alcuin et Charlemagne , T'-^ partie, ch. m. §§ 4-19.

faut pas confondre avec les simples conférences , les conversations ingénieuses ou frivoles , distraction des beaux esprits de l'académie. Ce qu'on apprenait à la cour, comme dans toutes les écoles épiscopales et monastiques d'alors, c'était l'ensemble des connaissances humaines et divines, la philosophie et la théologie. La philosophie, encyclopédie des sciences profanes, embrassait les sept arts libéraux, répartis en deux groupes, le triviwn et le quadrivium. Le trivium comprenait la grammaire (répondant à ce que nous appellerions aujourd'hui les humanités), la rhétorique et la dialectique. Au quadrivium appartenaient les cours d'arithmétique, de musique, de géométrie et d'astronomie. La philosophie tout entière était considérée comme la préparation à la théologie, car l'idée religieuse domine et pénètre dans toutes ses parties cet enseignement. Mais l'école du palais, de même que celles des évèchés et des abbayes, n'en était pas moins ouverte, et très -largement ouverte, aux laïques désireux de s'instruire. Il n'était pas même besoin de justifier d'une naissance illustre pour y être admis. L'intelligence et le travail étaient les seuls titres auxquels on eût égard. L'histoire nous montre des fils de meuniers assis sur les mêmes bancs et recevant les mêmes leçons que les membres de la famille impériale ^ Une anecdote caractéristique, rapportée par le moine de Saint-Gafi, fait voir comment Charlemagne savait encourager et récompenser le mérite. Un jour il voulut prendre connaissance des cahiers des écohers. Ceux de moyenne et de basse condition lui présentèrent des compositions soignées et qui passaient toute espérance. Les fils des grands, au contraire, n'eurent à produire que des travaux dénués de valeur. S'adressant alors aux premiers : « Je vous loue, mes enfants, dit l'empereur, de votre zèle à remplir mes intentions et à soigner vos propres intérêts. Continuez , et c'est pour vous que seront les riches évêchés

i Monach. Sangall., de Geslis Caroli Magni, lib. I.

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