CHAPITRE XTII
FIN DES GUERRES DE CONQUETE — PARTAGE DE I, EMPIRE ENTRE LES TROIS FILS DE CHARLEMAGNE
lEN des intérêts de la plus haute gravité nécessitaient la présence de Charlemagne à Rome, après une absence qui avait duré près de treize ans. Il y passa tout l'hiver qui suivit son couronnement, occupé, disent les chroniques, « à régler toutes les affaires non -seulement publiques, mais aussi ecclésiastiques et même privées de la
ville, du saint-siége et de Tltalie entière. » Telle était la
fonction de Tempereur.
Son rôle de chef politique de la chrétienté, « d'évêque du
dehors » , ne se bornait pas aux limites des Etats occiden-
Fig. 62. — Bible de Charles le Chauve. Bibl. nationale. Lat. 1 . i° "ilB.
taux. Il avait le même domaine que la juridiction du souverain pontife : Tunivers. C'est ainsi déjà qu'il avait compris son patriciat. Vrai et digne successeur de Constantin le Grand, depuis longtemps il avait remplacé en Orient les souverains dégénérés de Byzance comme protecteur de tous les fidèles du Christ tombés sous le joug des musulmans. Il tenait à cet effet des rapports suivis avec l'Afrique et l'Egypte, aussi bien qu'avec la Syrie, et il faisait passer à Carthage , à Alexandrie , à Jérusalem surtout , de fréquentes et riches aumônes ^ En signe de reconnaissance, le patriarche de la ville sainte, qui lui avait envoyé, dès 799, « sa bénédiction et des reliques prises au lieu de la résurrection du Sauveur », lui expédia, à Rome même et peu de jours avant son couronnement , des dons qui étaient comme l'augure de la dignité du nouvel empereur : l'étendard et les clefs du Saint-Sépulcre ^ C'était aussi un emblème, qui ne tarda pas à être réalisé , de la domination franke sur les lieux saints.
Charlemagne, en effet, n'avait pas dédaigné, à l'exemple de son père, de nouer des relations diplomatiques avec les califes, maîtres de la Palestine. Justement le trône des Abbassides était alors occupé par un prince capable d'apprécier le héros de l'Occident. Haroun - al - Raschild (^aron le Juste), malgré l'éloignement, malgré la différence des religions, éprouvait pour Charles la même sympathique admiration que les petits rois catholiques de Mercie et des Asturies. « Il préférait son amitié à celle de tous les monarques de la terrée >■> L'empereur, ayant quitté Rome après Pâques, le 24 avril 801, apprit en regagnant la France, à Pavie , qu'une ambassade musulmane venait de débarquer à Pise. Il se la fit présenter entre Verceil et Ivrée. Aux envoyés du souverain de Bagdad s'en était joint un d'Ibrahim, émir
1 Eginh. Vita Karoli Ma g ni , cap. xxvii.
2 Eginh. Annal., ann. 799 et 800.
3 Eginh. Vita Karoli Magni , cap. xvi.