CHAPITRE XIII
édrissite de Fez, chargé de lui rendre compte des mesures prises, à sa demande, dans l'intérêt des chrétiens d'Afrique. Les députés d'Haroun lui annoncèrent que leur maître, ratifiant le don du patriarche de Jérusalem, soumettait à la puissance de l'empereur frank « la terre du salut », témoin de la résurrection du Christ et qui gardait son tombeau '. « Que puis -je donc faire qui soit digne d'un si grand prince? avait dit Haroun aux envoyés de Charlemagne. Si je lui donnais la terre promise à Abraham et que Josué a vue , il ne pourrait, à cause de l'éloignement , en assurer lui-même la défense. Je veux néanmoins lui faire ce présent. Je lui cède donc la souveraineté de ce pays, et je le gouvernerai comme son lieutenant. Toutes les fois qu'il le jugera convenable, qu'il m'envoie ses commissaires (ëesmissi), et il me trouvera administrateur fidèle des revenus de la contrée ^ » Les messagers du calife firent savoir à Charlemagne que, des trois ambassadeurs partis d'Aix-la-Chapelle pour Bagdad quatre ans auparavant et à qui la cession de la Palestine avait été faite, deux étaient morts en route : les seigneurs franks Landfrid et Sigismond. Quant au troisième, le juif Isaac, fils d'une race qui brave impunément les latigues des voyages et la diversité des climats, il amenait les riches présents du calife. Mais il avait été arrêté par la mer. Charles dépêcha à sa rencontre un de ses principaux officiers, le chancelier Erchembald, avec mission d'équiper les navires nécessaires pour recevoir les merveilles confiées à la garde du juif. C'étaient des parfums , des épices , des drogues médicinales et même des animaux inconnus à l'Europe : des singes et un éléphant. Ce dernier, qui s'appelait x-Vbul-Abbas (père de la dévastation), obtint le plus vif succès de curiosité. Le débarquement ne s'étant opéré qu'en octobre sur la côte de Gênes, à Port-Vendres, on ne put, à cause des
1 Eginh. Vita Karoli Magni et Annal., ann. 801.
2 Monach. Sangall., c?e Gestis Caroli Magni.
neiges, lui faire traverser les Alpes, et il hiverna clans la ville de Verceil, que Charles avait quittée dès la fin de juin. Ce fut seulement le 20 juillet 802 qu'Isaac amena sa ménagerie au palais d'Aix-la-Chapelle. Mais Abul-Abbas, entouré de toutes sortes de soins, ne supporta cependant pas longtemps les brouillards germaniques , et huit ans après il était mort '.
La même politique qui portait l'empereur à rechercher l'alliance du mahométisme au delà de la Méditerranée le lui faisait combattre sans répit sur le continent. Les hostihtés avaient repris dans la Marche d'Espagne, oi^i les walis arabes, soumis à la souveraineté franke, affectaient de ne reconnaître cette souveraineté que de nom. Le roi Louis, profitant en 800 du séjour de son père à Tours, était venu le prier de pousser son inspection jusque dans la Gaule méridionale. Mais Charles, pressé de se rendre en Italie, n'avait pas répondu à cet appel. Il s'était borné à lui donner ses instructions touchant la conduite à tenir au delà des Pyrénées, comptant d'ailleurs sur la vaillante épée du duc Wilhelm pour maintenir dans le devoir ou y faire rentrer les vassaux musulmans. Par malheur, le gouvernement aquitain avait à compter aussi avec l'insubordination de ses sujets vascons. Le comte franc de Fezensac, nommé Burgondion, étant mort, la population s'insurgea contre un autre Franc, Liutard, qui lui fut donné pour successeur. Telle était l'exaspération des révoltés, « qu'ils firent périr les hommes du nouveau comte les uns par le fer, les autres par le feu-. « Louis, qui était prêt à passer dans la Marche, fut obligé d'abord de châtier Fezensac. Les coupables, dit une chronique, « contraints de se présenter au jugement du roi, subirent la peine que méritait leur attentat, et plusieurs furent brûlés vifs, selon la loi du tahon\ » Cet exemple jeta la ter-
1 Eginh. Annal., ann. 801, 802, 810.
- Aslronom. Vila Ludovici PU.
3 Id., ibid.