CHAPITRE XIII
déposition de son fils , elle avait fait de grands efforts pour nouer une alliance solide avec Charlemagne. Deux ambassades étaient venues de sa part trouver le héros , l'une en 798, à Aix-la-Chapelle, l'autre en 799, à Paderborn, afin, pensent quelques historiens, d'obtenir de lui le respect des possessions grecques de la Calabre et de la Sicile '. Malgré les embarras que les intrigues gréco-langobardes lui causaient à Bénévent, Charles avait accueilli favorablement les avances pacifiques de l'impératrice, et, comme gage de ses bonnes dispositions , il lui avait renvoyé Sisinnius , frère du patriarche Taraise, fait prisonnier dans la défaite d'Adelgis.
La restauration de l'empire d'Occident n'interrompit point ces relations amicales ; mais , si l'on en croit le chroniqueur Théophane, elle en aurait changé l'objet. Cet historien, en effet, attribue à Charlemagne, après son couronnement, le projet d'un mariage avec Irène , dans le but de rétablir l'unité de l'empire romain. Il prétend que le pape aurait approuvé, peut-être même suggéré cette idée bizarre, et que c'est pour la faire agréer de l'impératrice que Jessé, évêque d'Amiens, et le comte Ilelmgaud furent envoyés en 802 à Constantinople , accompagnés par des nonces pontificaux. Les historiens occidentaux ne parlent pas de ce projet de mariage , qui évidemment n'est qu'une fable , accréditée alors à Constantinople pour saper la popularité d'Irène, dont un parti puissant conspirait la perte. Quoi qu'il en soit des préliminaires, les négociateurs franks arrivèrent juste à temps pour être témoins du succès de cette conspiration , qui plaça sur le trône un misérable intrigant, Nicéphore le Logothète.
Le nouvel empereur continua les négociations commencées et dont le but réel était de fixer les hmites des deux empires. Trois députés grecs accompagnèrent à cet effet Jessé
1 Lebcau, llist. du Bas-Empire, liv. LXVI, § 57.
et Helmgaud , et vinrent trouver Charles à son palais de Salz, en Thuringe, où le traité fut enfin conclu vers le milieu de l'été 803 ', entraînant, comme on l'a dit, la soumission temporaire du duc de Bénévent.
11 fallut un sentiment bien profond de son impuissance pour déterminer Nicéphore à ratifier l'acte de la chancellerie franke énumérant les concessions auxquelles ses plénipotentiaires avaient dû souscrire. Cet acte, en effet, stipulait la réunion au royaume italique de l'Esclavonie, contenant l'ancienne Pannonie entre la Drave et la Save, de la Croatie, de la Liburnie, de la Dalmatie et de l'istrie. Mais, par une inconséquence étonnante, Charlemagne avait laissé les Grecs maîtres de l'Adriatique, en leur abandonnant les îles qui bordent la Dalmatie ^ Le successeur d'Irène, qui n'était pas homme à modifier dans le sens de la droiture la politique traditionnelle de Byzance, entrevit dans cette clause un moyen d'infirmer les autres. Il eut moins de scrupule alors à donner une signature qui n'engageait que son honneur.
Bientôt, en ell'et, ses croisières vinrent parcourir, avec des allures suspectes, les eaux de la Dalmatie, travaillant sous main à rallier au Bas -Empire les populations du littoral. L'archipel vénitien fut surtout le théâtre de ses intrigues, facilitées par les factions qui déchiraient la république naissante. Le duc ou doge Johannes et son fils Mauritius, oppresseurs sanguinaires, étaient acquis à la cause byzantine; presque tout le patriciat, au contraire, tenait pour l'alliance franke. Le chef de ce parti était le patriarche de Grado , dont le doge se débarrassa vers cette époque en l'assassinant. Il ne put empêcher cependant l'élévation au siège patriarcal de Fortunatus, parent de la victime. Mais la faction ducale, sans doute avec l'aide des Grecs, chassa de
1 Eginh. Annal., ann. 803.
2 Eginh. Annal.; Lebeau , Hist. du Bas-Empire , liv. LXVII, § 6.