CHAPITRE XIII
la cité le nouvel élu et ses partisans. Les exilés, réfugiés à Trévise, se donnèrent un duc, le tribun Obelerius, qui vint faire hommage de son pouvoir à Charlemagne. Il n'eut pas besoin d'ailleurs d'une intervention armée de son puissant suzerain. La tyrannie de Johannes et de Mauritius provoqua sur ces entrefaites une révolution à Malamocco, qui était alors le siège du gouvernement vénitien. Ils furent déposés et chassés à leur tour, et pendant qu'ils allaient chercher un asile à Gonstantinople auprès d'un patron incapable de les restaurer, Obelerius, Fortunatus et leurs amis rentraient triomphants à Malamocco (804) '.
Mais si Nicéphore n'était pas en mesure d'empêcher l'installation du nouveau pouvoir, il ne lui était que trop aisé d'en faire perdre le bénéfice à la France , en entretenant des divisions dans les provinces qui lui échappaient. C'est sans doute dans le but de déjouer des manœuvres de cette nature que le pape Léon vint trouver Charlemagne '^à la fin de cette même année 8(34. Telles étaient encore à cette époque, en Italie, les moyens d'action ou du moins d'intimidation de la ligue gréco-langobarde, que le pape ne pouvait, paraît-il, traverser avec sécurité ses propres Etats ou ceux de Pépin. Si l'on en croit l'annaliste de Metz, Léon jugea prudent de dissimuler le motif et le but de son voyage. Le bruit s'était répandu naguère qu'on avait découvert à Mantoue l'éponge présentée par un soldat romain à Jésus -Christ en croix, et que cette éponge gardait l'empreinte de quelques gouttes du sang du Rédempteur. L'empereur lui ayant demandé des renseignements à ce sujet, « Léon, dit l'annahste, saisit cette occasion de sortir de Rome. Il se dirigea d'abord en Lombardie, comme pour procéder aux informations canoniques; mais, continuant son chemin, il s'empressa de passer en France. L'empereur chassait dans la forêt des Ardennes, lorsqu'au milieu de novembre on lui annonça
1 Lebeau, Hist. du Bas- Empire, liv. LXVII, § 7.
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l'approche de l'aiigusle visiteur. Il dépêcha au-devant de lui son fils Charles jusqu'à Saint- Maurice d'Agaune, et luimême vint attendre le pontife à Reims. Ils allèrent ensuite à ■ Quierzy célébrer les fêtes de Noël, puis à Aix-la-Chapelle, oîi le pape reçut, pendant huit jours, une somptueuse hospitalité. » Cette conférence dut rouler bien moins sur la relique de Mantoue, dont l'authenticité n'avait pas été établie, que sur la situation pohtique de la Péninsule. Le Bas- Empire n'avait fait, il est vrai, aucune démonstration nouvelle dans le nord du royaume italique; mais l'état des esprits dans le Frioul faisait tout craindre des Langobards, travaillés par les émissaires byzantins , et Charlcmagne crut devoir donner à Léon une forte escorte pour le reconduire jusqu'à sa cité de Ravenne.
L'empereur poursuivait alors , dans les régions septentrionales de son gouvernement direct , de grands travaux qui détournaient forcément son attention des affaires d'Italie. Quand il reçut la visite du pa])e, à la fin d(; l'année 80'i , il venait précisément d'achever, après trente-trois ans de luttes, l'assimilation de la Saxe.
DeiHiis la campagne inachevée do 71)0 , la barbarie agonisante, refoulée définitivement dans les cantons marécageux du bas Elbe et du bas Weser, y avait encore causé par intervalles des agitations menaçantes au sein de la Nordiiude. En 802 , Charlemagne avait dû envoyer des troupes ravager le pays de ces sauvages Transelbains '. Deux ans ajjrès, toutes les autres parties de l'empire étant calmes, il s'en alla chercher dans leur dernier repaire, jusque sur les grèves de la
* Annal. Mellens., ann. 802.