CHAPITRE XIII
mer du Nord, les réfractaires de la civilisation. Ses scares fouillèrent la Wigmodie, le Holstein et le Rosogau, portant partout la dévastation et la mort. Afm de ne pas laisser d'ennemis derrière lui, il entraîna à sa suite, pour les répartir sur les divers points de la Gaule, tous les Saxons, hommes, femmes et enfants , qui habitaient au nord de TElbe , et donna leur pays à ses fidèles vassaux, les Slaves-Obotrites ^ « Quant aux forteresses ou castella, Charles en éleva dans les parties du territoire conquis qui demandaient à être gardées ou protégées. Outre celles qui furent disséminées dans l'intérieur du pays, il construisit sur les bords de la Saale et de l'Elbe, qui lui servait de limites, les castella de Hall et de Magdebourg. Il y eut un pont sur l'Elbe, fortifié des deux côtés, et au delà de ce fleuve il forma , comme avant-poste , le castrum de Hesfeld sur la Stoer^ »
Les conditions de l'incorporation définitive de la Saxe avaient été réglées dès l'année précédente à l'assemblée de Salz, où Charlemagne avait convoqué toute la noblesse de ce pays. Les Saxons avaient promis de renoncer à tout ce qui subsistait encore chez eux du culte et des rites païens, de rester soumis à jamais à la foi catholique, d'obéir aux évêques et aux prêtres chargés de leur enseigner les dogmes sacrés et de diriger leur vie dans les voies agréables à Dieu. Ils s'engageaient à offrir aux églises la dîme fixée par la loi divine ; mais ils furent dispensés , comme tous les autres sujets franks, de payer au roi ni cens ni tribut. Charles leur accorda enfin tous les honneurs d'une nation libre et leur permit de vivre selon leurs lois, sous la surveillance des juges de son choix et de ses missi, de façon à ne faire avec les Franks qu'un seul peuple, régi tout entier par un même gouvernement ^
1 Eginh. Annal., ann. 802.
- Mignet , Introduction de la Germanie dans la société civilisée, p. 122.
3 Poet. Saxon. Gesta Caroli Magni, ann. 803.
424 CIIARLEMAGNE
Ainsi se trouva réalisé , au lendemain de la restauration de Tempire d'Occident, le rêve que les plus hardis des anciens empereurs, Auguste, Marc-Aurèle, Probus, avaient à peine osé concevoir : la Germanie tout entière était enfin réduite en province romaine. L'empire nouveau, dont le centre était encore à Rome, Tempire des idées et des races romanes eut désormais pour frontière septentrionale la rivière de l'Eyder, au delà de laquelle s'ouvrait la Marche danoise. C'est le souvenir de son propre assujettissement que la Germanie prit soin plus tard de consigner dans cette inscription, qui décorait la porte de la ville de Rendsburg :