‹ CharlemagneChapitre 21 sur 236 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

l'unité qu'un si prodigieux coup de fortune lui avait permis de réaliser neuf ans auparavant. Il manifesta son mauvais vouloir en détachant de l'Austrasie, pour les retenir sous sa domination, les territoires de Tout, de Verdun et de Metz. Dagobert eut Trêves pour capitale. Le principe posé à l'assemblée de Paris reçut en cette circonstance sa consécration solennelle. Le premier des officiers royaux, le maire du palais , fut le personnage le plus important du pays , Pépin lui-môme ^ à qui fut aussi attribuée, moins sans doute par la confiance spontanée de Clotaire que par une décision des leudes, la charge de tuteur et de gouverneur du jeune roi.

Le seul biographe connu de Pépin , postérieur, il est vrai , de plus de deux siècles à son héros, et qui, du reste, affecte dans ses récits le ton du panégyriste plutôt que de l'historien , fait un éloge ^ magnifique et sans réserve des qualités administratives qu'il déploya dans ses difficiles fonctions , conciliant une inaltérable fidélité envers le souverain avec le respect le plus scrupuleux des droits de toutes les classes du peuple. En l'absence de ce témoignage quelque peu suspect, les faits prouveraient assez la sagesse et la loyauté de l'homme d'État austrasien. C'est sous sa tutelle que Dagobert contracta ce goût de l'ordre et ce sentiment de la justice distributive, inconnus à ce degré avant lui dans sa race, et qui devaient illustrer les débuts de son règne; d'autre part, les leudes ambitieux , qui n'avaient voulu un roi au milieu d'eux que pour mieux le circonvenir et neutraliser sa puissance , et qui comptaient sur le maire pour favoriser leurs usurpations , trouvèrent si peu en Pépin l'auxiliaire qu'ils avaient rêvé, qu'ils conspirèrent sa mort^ Il courut les plus grands dangers, et « ne fut sauvé, dit Frédégaire, que par la protection d'en haut » .

Sur le trône épiscopal de Metz, Arnulf continuait d'être

1 Vi(a Peppini ducis, ap. D. Bouquet, t. II , p. 603.

2 Ap. Bolland. Acta SS., t. III, Februar., p. 253 et suiv.

3 Ibid.

étroitemenl associé aux travaux de Pépin. Plus instruit que lui et cloué , disent les historiens , de plus de pénétration d'esprit, il était son conseil habituel et toujours religieusement écouté. Son autorité, pour être toute morale, n'en était pas moins grande et parfois décisive dans les choses du gouvernement. Un exemple entre autres le prouve. En 625, le jeune Dagobert alla à la cour de son père, à Clichy, épouser Gomatrude, sœur de la reine Sichilde, la femme de Clotaire. La cérémonie, vraie noce mérovingienne, se termina par une (juerelle entre les deux rois. Dagobert, poussé sans doute par ses leudes , réclama la réunion sous son sceptre de tout ce qui avait appartenu jadis au royaume ripuaire. Clotaire se refusa avec énergie à ce démembrement de ses propres Etats. A la fin, ils soumirent la question à l'arbitrage de douze des principaux Franks, parmi lesquels Arnulf et quelques autres évoques. Quoique les prétentions neustriennes , en pareil lieu surtout , dussent avoir des représentants nombreux et résolus, Frédégaire raconte que ce fut Arnulf qui, par l'ascendant de sa sainteté et de son éloquence, rétablit la paix entre le père et le fds^ L'accord conclu sous ses auspices fut tout à l'avantage de l'Austrasie , qui recouvra son intégrité territoriale. Le roi de Neustrie ne retint des anciens domaines de Childebert que la portion située outre- Loire et du côté de la Provence.

Après avoir rendu ce dernier service à sa patrie , au mois de septembre de la même année, Arnulf accomplit enfin le dessein qu'il avait formé depuis longtemps d'embrasser la vie cénobitique. Il se retira au monastère récemment bâti dans les Vosges par son ami saint Romaric, sur la colline qui porta depuis le nom du fondateur {Romarici mons. Remiremont). C'est là qu'il passa les quinze dernières années de sa vie, étranger aux grandeurs et aux vaines agitations du

1 Fredegarii Chron., cap. lui.

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