‹ CharlemagneChapitre 22 sur 236 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

monde, mais toujours prêt à travailler au bien de sa patrie. De ses deux fds, l'un, Clodulf, entré dans les ordres, devait gouverner après lui l'Eglise de Metz; l'autre, Ansgisil, marié on ne sait à quelle époque avec une fille de Pépin l'Ancien , sainte Begga, fut le père de Pépin d'Héristal et l'aïeul des rois carolingiens.

Le royaume particulier d'Austrasie, restauré en 622, ne dura que six ans. En 628, Glotaire mourut, et Dagobert se hâta de réunir tout l'héritage paternel, au détriment de son Trère puîné, Charibert. Comme le pupille de Pépin avait eu soin de faire au préalable main basse sur les trésors du défunt, il obtint facilement l'adhésion de ses leudes pour son usurpation. Charibert, du reste, était faible d'esprit, et cette incapacité justifiait son exclusion aux yeux de la loi franke'. Néanmoins Frédégaire raconte ^ ({ue de sages conseillers , parmi lesquels il faut certainement compter Pépin et Arnulf , déterminèrent l'ambitieux monarque à transiger avec son frère, et firent accorder à ce dernier un petit royaume composé des cités qui avaient formé autrefois la seconde Aquitaine.

Ce fut le dernier acte de condescendance de Dagobert vis-à-vis des guides de sa jeunesse. Avide de goûter, loin de leur contrôle trop sévère, les jouissances du pouvoir souverain, il alla se fixer en Neustrie, à Clichy. Dès 631, la mort de Charibert , qui ne laissa pas d'héritiers , mettait sa puissance au comble. Il commença alors cette vie de faste et de dérèglement, dont le souvenir est resté pour jamais lié à son nom. Pour suffire aux dépenses du luxe et des plaisirs, il fut obligé de revenir aux mesures fiscales de son aïeul Chilpéric, considérées alors comme des exactions. Les registres du cens reparurent , et tout le monde y fut inscrit , jusqu'aux gens d'Eglise. Les leudes, de nouveau dépouillés

< Vita S. Sigeberli , cap. m ; Lehuëron , Hist. des institutions carolingiennes , liv. II, ch. I, p. 260.

- Fredegarii Chron.. cap. lvii.

arbitrairement de leurs bénéfices , reprirent une attitude de méfiance et de sourde hostilité, et toute la modération et l'habileté de Pépin ne purent empêcher le mécontentement de ses administrés d'éclater dans une circonstance des plus graves. Les chefs des contingents austrasiens lâchèrent pied devant Tennemi et laissèrent battre Dagobert par les Slaves , satisfaits de montrer ainsi combien la royauté était faible sans leur concours, et à quelle condition ils consentaient à la servir.

Force fut au roi de suivre l'exemple paternel et de rendre à l'Austrasie son autonomie. Il lui accorda comme chef nominal son fils aîné, Sigebert, âgé de trois ans à peine. Mais il ne laissa pas sans contre-poids la puissance du parti seigneurial. S'il confia la tutelle de l'enfant à Chunibert, archevêque de Trêves, ami de Pépin, du moins eut-il soin d'ôter à ce dernier les fonctions et peut-être même le titre de maire du palais, dont il investit un homme à lui, le duc AdalgisiP. Pépin, suspect à la fois aux leudes, pour n'avoir pas secondé leurs projets de révolte, et au roi, pour ne les avoir pas suffisamment comprimés, se vit enlevé à sa patrie et emmené à la cour de Neustrie (633). Les égards apparents dont on l'y entoura n'empêchaient pas qu'il fût réellement un otage. Quelques autres chefs de l'aristocratie partageaient avec lui cette captivité mal déguisée.

C'est dans cette situation effacée qu'il assista, l'année suivante, aux mesures prises par son ancien pupille pour assurer définitivement la prépondérance neustrienne dans l'empire frank. Dagobert réunit la Neustrie et la Bourgogne en un seul royaume au profit de son second fils, Clovis, encore au berceau. Pépin et les autres leudes d'entre le Rhin et la Meuse, « contraints, dit la chronique, par la terreur de Dagobert, » ratifièrent cette réunion, heureux encore de voir leur autonomie maintenue et la possession de l'Austrasie

1 Fredegarii Chron., cap. lxxv.

confirmée à Sigebert. Mais la mort de Dagobert , arrivée en 648, déjoua toutes ces combinaisons et rétablit l'ancien équilibre des Etats rivaux. Pépin se hâta aussitôt de rentrer à Metz, où il reprit, de concert avec Chunibert, la direction des affaires publiques. Le dernier acte important de sa carrière fut de tirer la royauté austrasienne de l'espèce de sujétion où les événements des dix dernières années l'avaient placée. Il fit, par d'habiles négociations, admettre Sigebert à un partage égal des trésors paternels avec son frère Clovis et la reine Nanthilde^ L'année d'après il mourait, devançant de quelques mois saint Arnulf dans la tombe.

Pépin ne laissait qu'un fils, Grimoald. Héritier du nom le plus illustre et des plus vastes domaines de l'Austrasie, il était naturellement désigné, suivant l'esprit du pacte de 614 , pour succéder à la dignité de son père. Néanmoins la mairie lui fut disputée par un parti qui semble avoir voulu rendre à cette haute fonction le caractère tout domestique qu'elle avait eu dans les siècles précédents. Son compétiteur était un certain Otton, obscur officier palatin, et qui avait été le gouverneur du roi régnant. Sismondi suppose, avec beaucoup de vraisemblance, que ce personnage subalterne était le candidat des simples hommes libres , demeurés en possession de leurs allodes patrimoniaux et en dehors des trustes seigneuriales ^ Grimoald, soutenu, au contraire, par la puissante aristocratie terrienne, ne triompha cependant qu'au bout de trois ans de lutte, quand Otton eut été assassiné par le duc des Allemans (642) ^ Dès lors le fils de Pépin ne ren-

1 Fredegarii Chron., cap. lxxv.

2 Sismondi, IJist. des Français, t. II.

3 Aimoin. Floriacens. DeGeslisFrancor. lib. IV, ap. D. Bouquet, t. III, p. 136.

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contra plus de résistance ouverte , et pendant quatorze ans il gouverna sous le nom de Sigebert III.

Ce prince, placé par TÉglise au rang des saints, ne mérite pas d'être confondu dans la triste série des Mérovingiens que l'histoire a flétris du nom de fainéants. S'il abandonna à d'autres mains le soin des affaires publiques, loin de croupir dans l'oisiveté et le vice, c'était pour se livrer tout entier aux œuvres de dévotion. Grimoald, quoique, seul de sa famille, il n'ait pas été canonisé, ne laissa pas de s'associer au zèle pieux de son maître. On le vit même, après avoir concouru, comme dépositaire du pouvoir souverain, à la création des deux abbayes de Stavelot et Malmedy par saint Remacle', doter de ses propres biens ces établissements célèbres. L'enthousiasme monastique était alors à son comble dans la France du Nord et de l'Est. Pépin avait présidé à ses premières manifestations ; le mouvement continua et grandit sous le patronage de sa famille. La mère de Grimoald, sainte Itta, et sa sœur, sainte Gertrude, attachèrent leur nom à la fondation du monastère de Nivelles, et favorisèrent les travaux apostoliques de deux Irlandais, émules de saint Colomban : saint Utain et saint Foillan. Son autre sœur, Begga, l'épouse d'Ansgisil, fonda aussi une abbaye fameuse, celle d'Andenne, entre Huy et Namur^

Mais si Grimoald , dans ses rapports avec l'Eglise , resta fidèle à la tradition paternelle, il n'en fut pas de même dans sa conduite politique. Il affectait vis-à-vis du roi une déférence aussi absolue dans la forme que peu sincère au fond , moins soucieux de se rendre utile qu'agréable. Est- il vrai, comme l'avance un biographe de Sigebert, et comme Grimoald le prétendit plus tard lui-même, qu'il s'insinua dans la faveur du maître au point de lui faire adopter par testament son fils pour successeur au trône? Le fait est peu

1 Mireeus, Opéra diplomalica , l. IV, p. 173 et 281.

2 Abbas a Ryckel, Vila sanclœ Beggœ, p. 55.

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