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CHAPITRE XIII

assignée '. Celui-ci dédaigna d'attaquer ce chétif rival. Ce n'était pas sur terre que les Normands l'inquiétaient, et leur marine était insaisissable.

Lorsqu'à quelques mois de là . au commencement de 805 , il eut reçu la visite du souverain pontife , Charlemagne le reconduisit jusqu'à la frontière du Frioul , traversant luimême la Bavière pour aller s'occuper des intérêts religieux de la Pannonie , sa récente conquête. Le catholicisme avait déjà fait de grands progrès parmi les Avares, grâce au dévouement d'Arnon, archevêque de Salzburg, et d'un missionnaire nommé Ingo. On raconte qu'en arrivant dans ces contrées Ingo aflecta d'inviter à sa table les esclaves qu'il avait convertis, et qu'il les faisait servir dans de la vaisselle dorée, tandis que les seigneurs du pays, encore païens, s'étant présentés aussi à sa porte , s'y virent apporter du pain et de la viande dans des vases de bois. « Pourquoi nous traitet-on ainsi? demandèrent-ils étonnés. — Parce que, répondit le missionnaire , vous qui n'avez point lavé vos corps dans la fontaine sacrée , vous n'êtes pas dignes de vous mêler à ceux qui sont régénérés. C'est bien assez qu'on vous jette dehors votre pâture comme à des chiens. » 11 paraît que le procédé produisit un effet salutaire sur ces grossières natures; « car aussitôt, ajoute le biographe d'Ingo, ils s'empressèrent de réclamer le baptême et voulurent être instruits dans la foi ; d'où la religion chrétienne reçut un grand accroissement -. »

Malheureusement, le succès de la prédication chrétienne ne remédia pas aux dissensions intestines qui précipitaient la décadence de la race hunnique. Elle était irrévocablement tombée au dernier rang des nations. En 805 , le chakan, un des convertis d'Ingo qui lui avait donné au baptême le nom de Théodore, vint prier l'empereur d'accorder à son

1 Eginh. Annal., cnn. 804.

2 Pagi, Crilica ad ann. 804; cité ap. Sismondi , Ilist. des Français, t. II.

peuple un asile entre le Danube et la Save, dans la région de la Pannonie inférieure, comprise depuis Ilaimburg jusqu'à Zagrab, parce qu'ils ne pouvaient plus rester dans leurs premières demeures (entre le Danube et la Tlieiss), à cause des incursions perpétuelles des Slaves de Bohême. « L'empereur le reçut avec bonté, lui accorda ses demandes et lui permit de s'en aller. » Mais, à peine rentré parmi les siens, Théodore mourut. Son successeur sollicita et obtint de Charlemagne la confirmation des honneurs attachés à l'antique dignité de chakan '.

Les tribus bohémiennes n'attendirent pas longtemps le châtiment de leurs hostilités contre les vassaux des Franks. Lorsque les Huns s'établirent en deçà du Danube , leurs agresseurs, au lieu d'avoir, comme ils l'avaient espéré, la faculté de se répandre dans la région abandonnée au sud de la Theiss, se virent, au contraire , refoulés jusqu'au nord de leur propre pays par une invasion formidable. Charles le Jeune, traversant la forêt Hercynienne, vint fondre tout à coup sur eux. Deux autres armées, une de Baïvares et l'autre de Saxons , accouraient de leur côté à marches forcées et opérèrent leur jonction avec le prince, au pied de l'Erzgebirge , sur les bords de l'Egger, tandis qu'un quatrième corps , composé de troupes navales , remontait l'Elbe en bateau jusqu'à Magdebourg , portant le ravage parmi les Vélétabes et les autres tribus slaves alliées aux Bohémiens. La triple armée, commandée par Charles, livra une grande bataille à Camburg. Les Bohémiens furent taillés en pièces, et leur chef Bechon -, l'auteur de toutes les entreprises contre les Huns, resta parmi les morts. Le prince de la tribu des Lennes (Linones) fit sa soumission et livra ses deux fils en otage, et le jeune vainqueur revint, au bout de quelques semaines, faire hommage de son triomphe à son père, qui

i Eginh. Annal., ann. 805.

2 Ou Lechon.

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