CHAPITRE XIII
faisait, dans la forêt des Vosges, sa chasse habituelle d'automne '.
Sauf dans la sauvage région du bas Elbe, où il s'était rendu l'année précédente et où il reparut encore une fois à la tête de ses troupes d'élite, Charlemagne, depuis son couronnement, ne conduisait plus d'expéditions en personne. La Saxe soumise, l'unité de l'empire était faite, et la guerre, désormais portée chez des races nouvelles, changeait de caractère comme de but. Il s'agissait de comprimer de turbulents voisins, mais non plus de les conquérir et de les civiliser. Les jeunes et vaillants fils de l'empereur s'acquittaient, comme on l'a vu, de cette tâche. Chacun avait sa ligne de frontières à défendre : ils étaient les lieutenants mihtaires de leur père et, sous le rapport des attributions, leur rôle à tous trois était absolument semblable , aussi bien pour Charles, qui n'avait encore aucun titre officiel, que pour ses deux frères, qui avaient été proclamés rois dès le berceau. L'empereur s'était réservé, dans toute l'étendue de la monarchie, la direction gouvernementale et administrative.
Se sentant vieillir, quoiqu'il n'éprouvât encore aucune des incommodités de l'âge, il voulut régler le partage de sa succession politique, afin de prévenir entre ses fils le retour des sanglantes tragédies qui avaient décimé la famille mérovingienne, et que la postérité du grand empereur devait, hélas ! aussi connaître dès la seconde génération.
Au printemps de 806, « il tint donc une assemljlée des premiers d'entre les Franks, pour établir la paix entre ses fils et diviser le royaume en trois portions , afin que chacun
1 Eginh. Annah., ann. 805.
d'eux connût d'avance la part qu'il aurait à gouverner s'il survivait à son père. La charte de ce partage fut confirmée par le serment des grands, puis portée par Eginhard à la ratification du pape Léon, qui la signa de sa main'.
Le royaume assigné à Louis dans cet acte comprend « toute l'Aquitaine et la Vasconie, moins le pays de Touraine {pagus Turonicus) , la cité de Nevers et les pays du Nivernais, de l'Avallonais, de TAuxols , du Ghalonais, du Mâconais, du Lyonnais, de la Savoie, de Maurienne, de Tarentaise, du mont Cenis, le val de Suse jusqu'à Cluses, et enfin tous les territoires situés vers le midi , depuis la ligne des monts italiques jusqu'à la mer et aux Espagnes. » — A Pépin étaient attribuées : « l'Italie langobarde, la Bavière, telle que Tassilon l'avait possédée, sauf les deux villes d'Ingolstadt et de Lutrahof dépendant du Northgau (au nord du Danube), lesquelles n'avaient été concédées à Tassilon qu'à titre de bénéfice ; la partie de l'Alemanie comprise entre la rive méridionale du Danube et le cours du Rhin , et toute la région située à l'est du haut Rhin, jusqu'aux Alpes au Midi , avec le duché de Coire et le pays de Thurgau. » — Restait pour Charles : la France , la Bourgogne , sauf la part de Louis, i'Alemanie, sauf la part de Pépin, l'Austrasie , la Neustrie, la Thuringe, la Saxe, la Frise et le Northgau démembré du duché de Bavière.
Tout est prévu dans ce partage, « si différent de ceux des Mérovingiens, et où les affinités de mœurs entre les populations, les convenances géographiques et politiques sont étudiées et respectées ^ » Charlemagne prend soin d'y indiquer, pour le cas où la perfidie des Grecs mettrait le royaume de Pépin en péril, que ses deux frères pourront lui porter secours, Charles par le val d'Aoste, et Louis par le val de Suse. Le passage de Coire mettait en communication la Lombardie, siège du gouvernement italique, avec les pro-
1 Annal. Metlens , ann. 806.
2 Henri Martin, Hisl. de France, t. Il, p. 350.