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CHAPITRE XIII

vinces germaniques qui s'y rattachaient. Une triple ligne de démarcation est, en outre, tracée à travers les royaumes précédemment formés, afm de fixer le lot qui y reviendrait à chacun des frères survivants, si l'un d'eux mourait sans postérité. La prévoyance de l'empereur s'étend jusqu'à régler le droit successoral de ses petits- fils nés ou à naître.

Quant à ses filles, il se préoccupe enfin, tardivement il est vrai, de la fausse situation où les a réduites son aveugle tendresse. Il ordonne qu'après sa mort chacune d'elles puisse choisir le frère sous la protection et tutelle de qui elle voudra se placer, à moins qu'elle ne préfère embrasser la vie religieuse ou contracter mariage. Dans ce dernier cas, il défend aux frères de contrarier une telle inclination , pourvu que l'offre soit raisonnable et l'époux digne de sa fiancée. Il ne faut pas oublier que, les filles de Fastrade étant entrées dans le cloître, la plus jeune des princesses dont l'avenir est ici en question avait environ vingt-cinq ans, et l'aînée pas moins de trente -cinq \

M. Henri Martin signale, comme une lacune étonnante dans la charte de partage, que Gharlemagne « ne décide rien quant à la dignité impériale et à la transmission de la souveraineté de la ville de Rome^ ». Rien de plus naturel cependant que cette omission, puisque, ainsi qu'on l'a démontré plus haut, la souveraineté des Etats romains appartenait tout entière au pape -roi, et que de lui seul aussi dépendait la désignation de l'empereur, qui n'était que son vicaire temporel dans le gouvernement de la chrétienté. Du reste , loin d'oublier de parler des rapports de ses enfants avec le saint-siége, Charles en fit l'objet d'un article spécial, dont voici la teneur :

« XV. Par -dessus tout, nous voulons et ordonnons que les trois frères pourvoient concurremment à la défense de l'Eglise

1 Charta divisionis Imperii, D. Bouquet, t. V, p. 771-773.

2 Henri Martin, Ilist. de France, t. II, p. 330.

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'de saint Pierre, et que, suivant en ceci l'exemple qu'ils ont reçu de notre aïeul Charles , de notre père le roi Pépin d'heureuse mémoire, et de nous -même, ils la ])rotégent contre ses ennemis avec l'aide de Dieu, et la maintiennent en possession de tous ses droits, autant qu'il dépendra d'eux. De même, pour les églises qu'ils auront dans leurs propres royaumes, qu'ils respectent leurs honneurs et privilèges et qu'ils laissent les pasteurs maîtres d'en administrer les patrimoines. »

Il était impossible de marquer d'une manière plus explicite l'indépendance du pouvoir temporel du saint -siège, puisque la situation de l'Eglise romaine est justement placée en opposition avec celle des évêchés ordinaires, compris dans les divisions de la monarchie.

C'était vers le milieu de l'hiver qu'avait été réunie à Thionville l'assemblée extraordinaire qui ratifia l'acte de partage. L'empereur s'en alla ensuite « célébrer dans son palais de Nimègue le saint jeûne de carême et la très -sainte fête de Pâques »; puis il revint à Aix-la-Chapcllc, oi^i il passa l'été', dirigeant de là des opérations militaires qui s'exécutaient à la fois à toutes les frontières de l'empire.

La plus menacée de ces frontières était celle du nord-est. La campagne de l'année précédente avait jeté l'alarme chez toutes les peuplades de race slave , partout limitrophes des marches des Etats franks. Les Slaves étaient maintenant, sur l'Elbe, des voisins aussi turbulents que, quarante ans auparavant, les Saxons le long du Rhin. Mais la cohésion était encore moins grande, heureusement, entre leurs diverses tribus. Le nouveau roi Charles le Jeune partit, dès le commencement du printemps, guerroyer contre celle des Serbes , établie entre la Saale et l'Elbe. On ignore quels avaient été les actes de provocation de ces barbares ; mais

1 Eginh. Annal., ann. 800.

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