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CHAPITRE XIII

leur châtiment fut prompt et sévère. En quelques semaines tout le pays fut saccagé : le principal duc des Serbes, nommé Milidiwich, périt dans une défaite des siens ; tous les autres chefs s'empressèrent de faire leur soumission et de livrer des otages. C'était toujours la même mobilité des races barbares, dont la guerre de Saxe nous a fourni tant d'exemples. Charles obligea les vaincus à bâtir de leurs propres mains, et sous la surveillance de ses armées, les forteresses destinées à les maintenir dans la sujétion. L'un de ces burgs fut élevé au nord de l'Elbe, près de Magdebourg; l'autre, à l'est de la Saale, à côté de Hall.

Le jeune vainqueur prit à peine le temps de venir à Aixla-Chapelle rendre compte de ses travaux à son père. Trois nouvelles armées, parties comme l'année précédente d'Alemanie, de Bavière et de Bourgogne, étaient déjà en marche, convergeant vers la Bohème. Il y courut prendre le commandement général, et, après avoir saccagé la contrée, il ramena ses troupes à peu près intactes'.

Le roi Louis, de son coté, venait d'obtenir sans coup férir un important succès dans la partie de sa province espagnole la plus rebelle jusque-là au joug des Franks. Les habitants de Pampelune et de toute la Navarre se donnèrent spontanément à lui, et il se trouva ainsi maître de tous les passages des Pyrénées. Jamais pays n'eut des vicissitudes politiques plus variables que la Marche d'Espagne à cette époque. Au lendemain de la prise de Barcelone, elle était retombée presque tout entière sous le joug musulman. Hakem n'avait eu qu'à se montrer à la tête d'une armée pour obtenir la reddition de presque toutes les places importantes du nord de l'Ebre. Il s'était emparé notamment de Tarragone, de Huesca et de Pampelune. Le wali de Tarragone, Bahlul , un des rares musulmans fidèles au suzerain d'Aquitaine, avait en vain essayé d'arrêter la marche de l'émir.

1 Eginh. Annal., Chron. Moissiac, ann. 80G.

Battu à Tortose et fait prisonnier, il avait eu la tête tranchée (804). Mais des troubles intérieurs rappelèrent bientôt Hakem à Cordoue. Sa conquête lui échappa dès qu'il eut franchi l'Ebre K II se fit alors un revirement général vers le gouvernement frank, plus fort pour défendre ses sujets, plus prompt à punir leurs rébellions : ces considérations entraînèrent les Navarrais à adopter le même régime politique que les Catalans.

Les Arabes , à l'exemple des barbares du Nord , forcés partout de reculer sur la terre ferme devant les bataillons franks , s'étaient mis à tenter la fortune sur mer. C'est à cette époque que Ton voit commencer, peu après les incursions normandes, la grande piraterie maure, qui allait infester durant mille ans la Méditerranée. Une lettre du pape Léon III signale leur apparition pour la première fois , en 806, dans les parages d'Italie, et prie l'empereur de défendre contre eux la Corse , rattachée , comme on sait , au patrimoine de saint Pierre , « afin , dit le souverain pontife, que la donation que vous avez faite à l'Eglise demeure ferme et stable ^ » Le roi Pépin reçut aussitôt l'ordre d'appareiller vers l'île avec quelques vaisseaux; mais les Sarrasins prirent la fuite à son approche. Il y eut à peine une légère escarmouche, dans laquelle périt le Frank Iladumar, comte de la cité de Gênes, qui s'était imprudemment lancé à la poursuite d'une des embarcations ennemies ^

L'année 807 s'ouvrit au milieu d'une paix générale du continent. « L'empereur tint l'assemblée de printemps à

1 Eginh. Annal., ann. 806.

2 Leonis UI,papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 599.

3 Eginh. Annal., ann. 806.

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