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CHAPITRE XIII

Ingelheim , avec les évêques, comtes et autres fidèles. Il leur recommanda de faire bonne justice dans ses Etats, et leur permit de retourner chez eux ; car il n'y eut pas d'expédition cette année-là ^ »

Libre de préoccupations militaires , Gharlemagne put faire à loisir les honneurs de sa résidence d'Aix-la-Chapelle à une ambassade orientale. Elle avait pour chef un député d'Haroun- al-Raschid , nommé Abd-Allah, auquel le patriarche de Jérusalem avait adjoint deux moines. L'un de ces moines, Georges, abbé du monastère du Mont-des- Oliviers, était Germain de naissance et s'appelait, avant d'entrer dans le cloître, Engelbald. Le Frank Radbert, envoyé en 802 par l'empereur au calife et qui revenait avec ces Orientaux , ne revit pas sa patrie. Il mourut en route. Les rudes compagnons de guerre de Charles ne pouvaient pas résister aux fatigues de ces lointains voyages.

Les présents adressés par le calife à son puissant allié étaient si riches et si nombreux, « qu'il semblait qu'on eût vidé l'Orient pour emplir l'Occident. » On y voyait des tentes de hn teintes d'éblouissantes couleurs, des tapisseries somptueuses, des vêtements de soie, des parfums ^, etc. Mais ce qui fit surtout l'admiration de la cour d'Aix-la-Chapelle, ce fut une horloge en bronze doré, « chef-d'œuvre d'art mécanique » , dit l'annaliste de Metz, qui en fait une pompeuse description.

La cour d'Aix ne laissa pas de présenter aussi à ces étrangers, aux musulmans en particulier, des spectacles faits pour leur donner une grande idée de leur hôte. Ils étaient arrivés pour la fête de Pâques. Charles leur permit d'assister aux cérémonies de ce jour dans sa basilique. « Transportés de joie, dit le moine de Saint- Gall, ils préférèrent à toutes les richesses de fOrient le bonheur de ne pas quitter fem-

1 Eginh. ^nnaL, ann. 806.

2 Monach. Sangall., de Geslis Caroli Magni.

pereur. Leurs yeux se reportaient sans cesse sur le monarque , velu avec une incomparable magnificence. Dans Texcès crime joie enfantine, ils éclataient de rire, battaient des mains et répétaient : « Nous n'avions vu encore que des hommes de terre , aujourd'hui nous en voyons d'or. » Ils s'approchaient des grands et admiraient la nouveauté de leurs costumes et de leurs armes. Ils furent également invités, en ce très-saint jour, au dîner d'apparat du puissant empereur, avec les plus grands personnages de la Fi'ance et de l'Europe. Mais l'étonnement de tout ce qu'ils voyaient ne leur laissa pas le loisir de manger, ils se levèrent de table presque à jeun. »

Le lendemain, une chasse au buffle et à l'aurochs, sous les vieilles forets du Rhin , les rendit témoins de l'adresse et de la vaillance du prince dont ils avaient contemplé la veille la majesté imposante. Ils y virent aussi les exploits de ces vigoureux chiens de Germanie, capables de se mesurer avec toutes les bêtes fauves, et dont la réputation s'était répandue jusqu'à Bagdad. Le calife en avait demandé à Charles « pour chasser les lions et les tigres ». L'empereur lui envoya une meute qui ne tarda pas à soutenir avec éclat l'honneur de sa race dans une rencontre avec les plus redoutables hôtes des déserts d'Arabie. Il y joignit, entre autres productions rares des diverses contrées de son empire, des chevaux et des mulets d'Espagne, ainsi que des draps blancs et bleus, que les fabriques de Frise excellaient alors à façonner.

Fifl. 63. - Bibl. nationale. Lat. 1 . f» 327. ( ix'^ siècle.»

Fia. O'i.- Bibl. nationale. Lat. 9'i2X. t» 58 , (ix" siècle.)

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