CHAPITRE XIY
MORT DES PRINCES ROYAUX PEPIN ET CHARLES — COURONNEMENT DE LOUIS — TESTAMENT ET MORT DE CHARLEMAGNE
AL GRÉ les apparences les plus rassurantes, la paix ne pouvait être ni longue ni même complète sur la ligne immense des frontières de Tempire. D'un côté les peuples méridio- |\ naux, Sarrasins et Grecs, rejetés hors du concert des Etats européens ; de l'autre, les tribus païennes des Danois et des Slaves, avides de prendre leur part des riches contrées oi^i les Germains s'étaient établis, formaient autour de la monarchie franke une ceinture d'ennemis intraitables.
Fig. 65. - Bible de Charles le Chauve. Bibl. nationale, Lai. 1 . fo 3-28.
L'échec do leurs tentatives contre la Corse n'avait pas découragé les pirates maures. Ils y revinrent dans le courant de l'année 807, et attaquèrent d'abord la Sardaigne. Les insulaires les repoussèrent et tuèrent trois mille hommes aux assaillants, qui cinglèrent à toutes voiles vers le littoral corse. Mais il était défendu cette fois par une croisière franke que l'empereur y avait envoyée sous les ordres de son connétable Burkard. Là encore leur déroute fut complète, et les vaisseaux échappés au double désastre de cette campagne ne ramenèrent dans leurs repaires de la cote espagnole, au lieu des cargaisons habituelles, que des équipages décimés. Malheureusement le succès ayant inspiré aux officiers impériaux une imprudente confiance, on abandonna la surveillance des îles italiennes , et les pirates venus à la charge contre cette riche proie dès l'année suivante, puis encore deux fois en 810, prirent cruellement leur revanche. Dans la première de ces expéditions , le samedi saint, 808, ils enlevèrent toute la population d'une ville corse, à l'exception de l'évèque et de quelques autres vieillards trop débiles pour trouver des acheteurs sur les marchés d'esclaves des villes musulmanes. La capture des esclaves chrétiens était le principal objet de ces incursions. Pour leur coup d'essai, et avant même de pousser jusqu'aux rivages italiens, les redoutables écumeurs de mer avaient fait une descente dans les Baléares et y avaient pris soixante moines. « Quelques-uns de ces moines, dit une chronique, retournèrent dans leur pays, grâce à la libéralité de l'empereur ^ » Ainsi le maître tout-puissant du continent européen, après avoir vu les embarcations des Normands venir le braver jusque dans les ports de France , en était réduit à racheter à prix d'argent, dans les bazars mauresques, ses sujets du Midi qu'il ne parvenait pas à protéger contre leurs insaisissables ravisseurs. Déjà commençait pour la
l Annal. Mellens.; Eginli. Annal., aan. 808-810.