CHAPITRE XIV
France la longue série des humiliations que devait lui causer son inhabileté dans les entreprises navales. La Sardaigne, attaquée de nouveau en 810, réussit encore à se défendre ou du moins à se débarrasser des pillards. Mais ils prirent pied dans la Corse, qui demeura « presque tout entière en leur pouvoir ».
La guerre continentale s'était rallumée sur ces entrefaites contre les musulmans d'Espagne. Louis , pour venger son vassal Bahlul, reparut en personne à la tête d'une armée considérable à Barcelone, en 809. Il n'eut pas de peine à rentrer dans Tarragone ; mais son ambition ne se bornait pas à recouvrer les territoires précédemment soumis à sa domination. Il tenait à s'emparer de Tortose , place forte commandant l'embouchure de l'Ebre, et qui était la clef du passage entre la Marche franke et les possessions arabes. De Tarragone à Tortose, pas une ville, pas une bourgade, pas un champ cultivé n'échappa aux flammes et à la dévastation. Arrivé à Santa-Colomba, le roi d'Aquitaine partagea son armée en deux corps. Il conduisit lui-même le premier sous les murs de Tortose , et chargea ses lieutenants , les comtes Isambert, Adhémar, Béra et Burrel, d'aller avec le second au delà de l'Ebre , couper le passage aux troupes de Cordoue.
Les comtes mirent autant d'adresse que de promptitude à exécuter cette mission. Marchant la nuit, se cachant sous bois pendant le jour, leurs soldats passèrent à la nage la Ginca et l'Ebre et poussèrent, sans donner l'éveil, jusqu'à Villa Bubea, qu'ils surprirent et où ils firent un immense butin. Mais dès lors leur manœuvre était découverte. Les fuyards répandirent au loin la nouvelle de l'invasion , et de nombreux bataillons musulmans accoururent se poster à l'issue du val d'Ibana, défilé étroit et profond, nouveau Boncevaux , resserré entre des montagnes escarpées , et où il était facile d'écraser les Franks s'ils avaient l'imprudence de s'y engager. Ceux-ci, avertis du péril, se décidèrent à
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rétrograder, mais en faisant toujours face à l'ennemi. Après vingt jours de cette course audacieuse , et malheureusement sans résultats, ils rentraient en bon ordre au camp du roi. Les travaux des assiégeants pendant ce temps étaient restés infructueux. L'approche de l'armée musulmane formée au val d'Ibana détermina Louis à abandonner son entreprise et à repasser les Pyrénées ^
La ligne de l'Ebre restait donc l'inexpugnable boulevard de la domination arabe, et la frontière franke, mal couverte par des places secondaires comme Tarragone et Huesca en face des forteresses de Tortose et de Saragosse, avait besoin d'une active surveillance. Le soin en était confié à un seigneur aquitain, le comte Aureolus, investi du gouvernement de Huesca. Mais Aureolus mourut peu après la retraite de Louis, et toutes les positions dont il avait la défense furent envahies par Amruis, wali arabe de Saragosse. Ce grand échec parut néanmoins tout d'abord devoir tourner à l'avantage des armées chrétiennes. Amruis, en effet, comme presque tous les walis du Nord, visait à se faire une principauté indépendante. Pour y arriver, et afin de s'assurer en cas de besoin une protection contre l'émir de Cordoue, il envoya offrir à Gharlemagne de lui faire hommage de toutes les places qu'il occupait, y compris Saragosse. Au prix de cette précieuse annexion, l'empereur consentit à investir le traître musulman de la succession d'Aureolus. Des officiers impériaux vinrent dans ce but d'Aix-la-Chapelle à Saragosse (810). Mais Amruis les amusa par des faux-fuyants, et demanda que sa situation fût réglée dans la conférence où se réuniraient tous les comtes franks de la Marche'.
Cependant le bruit de cette défection avait jeté l'alarme à Cordoue. Le jeune Abd-el-Raman, fils de l'émir, accouru
I Astronom. Vita Ludovici PU.
^ Eginh. Annal., ann. 810.