CHAPITRE XIV
pour en tirer vengeance, entra victorieusement à Saragosse et força Amruis de s'enfermer dans Huesca, oîi il n'eut pas le temps de le poursuivre, rappelé par son père, dont le royaume était en proie aux plus affreuses dissensions ^
Absorbé par ses luttes de l'intérieur contre les factions rivales et contre les chrétiens des Asturies , Hakem , malgré ses succès sur l'Ebre, adressa à l'empereur des propositions pacifiques qui furent agréées. Un traité, le premier qu'on eût vu entre les Maures et une puissance chrétienne, fut négocié et conclu à Aix-la-Chapelle, dans le courant de l'automne 810. Il consacrait le statu quo , sans aucune extension de la domination franke en Espagne, telle que l'avait faite la prise de Barcelone huit ans auparavant ^
A la même époque se terminait , avec aussi peu de succès pour les armes frankes , le conflit relatif à la possession des côtes de l'Adriatique. On a vu comment la faction byzantine avait été abattue dans la Vénétie, en 804, par l'expulsion de son chef, le doge Johannes. Le nouveau doge, Obelerius, avait vis-à-vis de l'empire frank des obligations personnelles qui semblaient garantir sa fidélité. Il se montra en effet, au début, très-dévoué à Charlemagne. Deux ans après son élévation, en 806, on le vit venir à l'assemblée de Thionville renouveler son hommage. Son frère Beatus, associé à sa dignité, ainsi que le doge et l'évêque de Zara, l'accompagnaient, et firent pour leur propre compte la même démarche. A cette nouvelle, la flotte grecque, commandée par le patrice Nicetas, alla faire une démonstration menaçante jusque dans les lagunes vénitiennes ^ Mais le parti byzantin, toujours en minorité dans la république, ne put rien faire pour le patrice, qui fut obligé de se retirer après avoir conclu avec Pépin des conventions de paix ou de trêve d'ailleurs tout à fait éphémères (807). La paix, si laborieuse-
* Eginh. /InnaL, ann. 810.
i Eginh.; Annal. Fuldens., ann. 810.
3 Eginh. Annal., ann. 806.
ment faite à ravénement de Nicéphore, était définitivement rompue.
Les Vénitiens avaient préparé de tous leurs efforts ce résultat. Ils travaillaient à fonder l'indépendance de leur ambitieuse république sur la division des deux grandes puissances qui s'en disputaient la souveraineté. Les doges, pour conserver la faveur populaire , étaient obligés à une politique de bascule entre ces puissances. Obelerius n'avait pas tardé à en voir la nécessité et à s'y soumettre. Pépin, voulant asseoir d'une façon plus solide sa domination dans la Dalmatie, invita son vassal de Venise à se joindre à l'expédition. Celui-ci ne put décider son peuple indocile à seconder un voisin déjà trop puissant : « Nous ne reconnaissons pas d'autre maître, répondirent les Vénitiens, que l'empereur de Constantinople K »
A cet appel indirect, l'amiral grec, Paul de Céphalonie, accourut dans les eaux de la Vénétie à la tête d'une escadre (800). Il fit une tentative contre Comacchio, ville du littoral romagnol ; mais elle fut repoussée par la garnison franke. Soit que cet échec les eût refroidis, soit qu'ils regrettassent de s'être tant engagés vis-à-vis du Bas -Empire, les Vénitiens refusèrent de recevoir l'escadre. Paul essaya alors des négociations avec Pépin ; mais elles furent contrariées par les menées des doges Obelerius et Beatus, prévoyant bien qu'un raccommodement des deux empires les exposerait à rendre un compte sévère de leur attitude équivoque. Paul , entouré d'embûches , s'empressa de faire voile vers Constantinople-.
Ce fut le tour de Pépin de demander raison à la perfide république de ses incessantes tergiversations. Il avait, en outre, à venger l'injure faite au patriarche Fortunatus, que le faible doge, pour complaire aux adversaires de l'influence
1 César Canlîi, Hisi. universelle, l. VIII, p. 262.
2 Eginh. Annal., ann. 809.