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CHAPITRE XIV

franke et romaine, avait fait ou laissé expulser de son siège. Les Vénitiens ne s'étant pas rendus à la première sommation, le roi d'Italie prend et livre aux flammes Aquilée et Héraclée, et s'empare de Malamocco^ Le gouvernement de la république était dès lors à sa discrétion. Le doge Obelerius s'engage à lui payer un tribut annuel, et signe un traité, ou plutôt une capitulation , qui interdisait aux vaincus toutes relations, même de commerce, avec les Grecs ^

Une telle condition était la ruine de la république. Privée, au milieu de ses lagunes, des ressources de l'agriculture, le commerce seul pouvait faire subsister ses habitants, nés marins, et le Bas- Empire, maître de l'Adriatique, tenait la clef de tous ses débouchés. Ces considérations, présentées au peuple parle tribun Angélus Participatius, excitent sa colère et relèvent son courage. Obelerius, déclaré traître à la patrie, est destitué, et l'on proclame à sa place Participatius. Le nouveau doge entraîne les défenseurs de l'indépendance vénitienne ralliés autour de lui dans l'île de Rialto, où un bras de mer plus étendu facilitait la résistance. En effet, la marine mal organisée de Pépin fut impuissante à atteindre dans cet asile le noyau rapidement grossi des forces de la défense. La flotte de Paul, arrivant sur ces entrefaites, dispersa la sienne pendant qu'un autre parti de Grecs, débarqué sur le territoire pontifical , saccageait la ville de Populonia , en Toscane ^

La Corse conquise par la piraterie maure, le rebelle Participatius bravant l'autorité franke et fondant dans l'île inaccessible de Rialto un centre nouveau et libre de l'archipel vénitien, enfin la Toscane elle-même ouverte à une invasion grecque: telle était, au début de l'année 810, la situation déplorable du royaume italique. Le jeune roi Pépin ne put

• Eginh. Annal., ann. 810.

2 Lebeau, Hisl. du Bas- Empire, liv. LXVll , § 7.

3 César Cantù , Hist. universelle, t. VIII, p. 262.

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supporter tant d'humiliations, et il mourut le 8 juillet, à l'âge de trente -quatre ans.

Néanmoins le nom seul de Charlemagne fut une protection suffisante pour la Péninsule, de toutes parts entourée d'ennemis. Nicéphore ne profita de ses avantages que pour proposer un nouveau traité de paix. Trois mois plus tard, ses ambassadeurs venaient en négocier les conditions à Aix-la-Chapelle. La Vénétie recueillit seule les bénéfices des longues dissensions qu'elle avait eu l'art d'entretenir. Le traité de paix la rattacha à rempirc d'Orient'. Le faible lien ainsi renoué devait rouvrir l'Orient au commerce de la république sans gêner le développement de ses libres institutions. La politique de Participatius fonda en môme temps l'indépendance et la prospérité de sa patrie.

Si pénible qu'il fut pour le grand empereur de voir ses deux plus jeunes fils faiblir devant des ennemis qu'il avait toujours dédaignés, il ne s'était pas alarmé outre mesure du triomphe passager des Grecs de Byzance et des Maures d'Espagne. Ces deux nations en décadence, minées par les dissensions intestines, n'offraient pas un grand péril pour l'avenir du saint-empire. Charlemagne surveillait, au contraire, d'un œil inquiet les jeunes races barbares, toujours menaçantes le long de sa frontière septentrionale. La cohésion commençait à s'établir entre les diverses peuplades slaves, et leur coaUtion naissante avait trouvé un chef entreprenant et habile dans le duc des Danois, Gottfrid. Un grief commun cimenta d'abord l'alliance dano- slave contre les Obotrites, vassaux fidèles du chef de la chrétienté et installés dans l'ancien pays des Saxons transelbains, pour servir de boulevard à l'empire unifié.

1 Eginh. Annal., ann. 810.

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