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CHAPITRE XIV

En 808, GolLfrid franchit l'Eyder et attaque brusquement les Obotrites, pris à dos en même temps par toutes les autres tribus de la Slavonie, Vélétabes, Lennes et Smeldings^ Tout le pays envahi fut affreusement saccagé ; un des principaux chefs de la résistance, Gottlaïb, fut pendu ; Thrasicon, plusieurs fois vaincu, dut à la fin chercher son salut dans la fuite ; la population presque tout entière se rendit à discrétion au Danois, et lui promit le tribut. Gottfrid, qui avait fait aussi des pertes considérables, s'empressa de rentrer dans ses Etats à l'approche d'une armée franke , conduite par le roi Charles le Jeune. S'attendant à de terribles représailles, il détruisit lui-même, avant de partir, un port marchand, nommé Rérik, qui lui appartenait sur la mer Baltique, à l'entrée du pays des Obotrites. Ce port servait d'entrepôt au commerce des Anglo- Saxons avec les peuples du Nord , et rapportait au Danemark des droits de douane considérables. Gottfrid le transporta à la limite même de ses Etats , à Sliesthorp. Depuis ce point jusqu'à la mer du Nord , en longeant la rive occidentale de l'Eyder, il fit construire une levée de terre, appelée Danwirk, percée d'une seule porte et destinée à garantir la presqu'île du Jutland des incursions frankes^

Ce n'était pas de ce côté que le prince Charles avait porté ses coups. 11 s'était jeté sur les terres des Smeldings et des Lennes, et les avait ravagées dans tous les sens; puis il était v^evenu vers le Rhin, sans livrer une seule bataille. Aucune mesure ne fut prise en cette campagne pour assurer la sécurité des malheureux Obotrites, et les troupes impériales ajoutèrent seulement deux nouvelles forteresses à la ligne des ouvrages défensifs échelonnés le long de l'Elbe, à la lisière de la Marche saxonne ^

Cependant Gottfrid hésitait à engager la lutte avec l'em-

1 Eginh. Annal., ann. 808.

2 Id., ibid.

3 Id., ibid.

pire. Il recommença, en 809, les négociations pacifiques qu'il avait déjà, cinq ans auparavant, ouvertes, puis interrompues de lui-même. Il envoya donc vers Charlemagne pour se justifier d'avoir attaqué les Obotrites , assurant qu'il n'avait pas été le provocateur. Il demanda que les griefs respectifs des deux nations fussent examinés dans une conférence de comtes franks et de chefs danois. La conférence eut lieu, en effet, à Baden-Stein; mais pendant que les parlementaires discutaient sans aucune chance de s'accorder, un brusque incident vint mettre un terme aux pourparlers. Le brave Thrasicon rentra dans sa patrie à la tête d'une forte troupe de Franco-Saxons. Bien que son fils fût alors retenu en otage par Gottfrid, il reprit sans hésitation les hostilités, et tira une éclatante vengeance des Vélétabes et des Smeldings. « Ses exploits ramenèrent sous sa loi les Obotrites , qui avaient précédemment accepté le joug de l'étranger '. » Mais sa bravoure l'entraîna trop loin. S'étant aventuré dans le port de Bérik, un des hommes de Gottfrid l'y assassina par trahison.

De part et d'autre on ne gardait plus aucun ménagement : Franks et Danois voulaient la guerre et s'y préparaient avec acharnement. Enorgueilli par l'impunité de ses premières agressions, Gottfrid s'imaginait imposera Charlemagne. Il se proclamait le vengeur et le restaurateur de l'autonomie germanique. Il annonçait le dessein de rejeter les Franks au delà du Bhin , d'étendre sa domination et de rétablir le paganisme national dans la Saxe et la Frise, et de venir bientôt s'installer lui-même au palais d'Aix-la-Chapelle ^

Indigné de ces forfanteries, l'empereur avait hâte de châtier son insolent rival. Comme base des opérations qu'il méditait, il choisit l'emplacement d'Esselfeld, sur la Sture, au nord des bouches de l'Elbe, et y dirigea par la Frise des

1 Annal. Mellens., ann. 809.

2 Eginh. Viia Karoh Magni , cap. xiv.

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