CHAPITRE XIV
la dernière assemblée nationale que nous le verrons présider en 813 , moins d'un an avant sa mort, aura pour objet une enquête sur la situation et sur les besoins des églises de France ^
Le triple traité de paix qui avait terminé, à l'automne 810, les grandes guerres d'Italie, d'Espagne et de Germanie, n'arrêta pas brusquement toutes les hostilités. 11 restait quelques peuples vassaux à faire rentrer dans le devoir. C'est à quoi furent employées les campagnes de 811 et de 812. Les Vélétabes et les Lennes , privés de l'appui du Danemark, furent aisément replacés dans le vasselage des Franks. Les Huns eux-mêmes et les Bretons, qui avaient profité des embarras de l'empire pour essayer de secouer le joug, reçurent un prompt châtiment^.
Pendant ce temps, l'empereur, toujours inquiet des progrès de la piraterie normande, visitait le littoral de l'Atlantique. Il alla activer les travaux des flottes qu'il avait en construction dans les ports de Gand et de Boulogne , et prit des mesures pour qu'on entretînt la nuit des feux dans le phare de cette dernière plage. Il n'eut pas le chagrin de voir combien toutes ces précautions devaient être impuissantes à arrêter les incursions normandes. Le Danemark cessa pendant quelque temps d'envoyer, du moins réguUèrement, ses bandes pillardes parcourir les mers. Hemming mourut au bout de dix-huit mois de règne. Son trône fut successivement disputé par quatre prétendants, et d'affreuses guerres civiles retinrent chez eux , jusqu'à la mort du grand empereur, les aventuriers de cette farouche nation^.
Mais si le spectacle des humihations nationales lui fut épargné, les peines domestiques l'accablaient. Au terme de sa brillante carrière, il était destiné à souffrir toutes les douleurs humaines comme il avait atteint toutes les gran-
1 Eginh. Annal., onn. 813.
2 kl., ihid., ann. 811 et 812.
3 Id., ibid.
deurs. La mort moissonnait autour de lui tous ceux qui lui étaient chers. Elle lui avait déjà ravi , dans l'espace de moins de deux ans, sa sœur Gisèle, sa fdle Rothrude, ses fds les deux Pépin, le roi d'Italie et le malheureux bossu, dont vingt ans de réclusion dans le cloître de Pruym n'avaient pu effacer le souvenir dans son cœur paternel. Le 4 décend^re , un coup plus cruel encore que tous les autres vint le frapper : ce fut la perte du roi Charles , son compagnon habituel , son lieutenant politique et militaire.
Des trois vaillants princes à qui il avait partagé, en 806, les Etats européens, il n'en restait donc plus qu'un, Louis d'Aquitaine. Celui-là, d'ailleurs, ne s'était montré inférieur en rien à ses aînés. Homme juste et de mœurs sévères, ami de l'Eglise et des lettres, toutes ces qualités privées, qui avaient fait de lui un souverain populaire, ne l'empêchaient pas de se montrer sur les champs de bataille le digne héritier d'une race de guerriers , et les contemporains ont vanté sa vigueur à manier l'arc et la lance.
Au moment où la mort de son frère Charles fit de lui l'héritier de toute la monarchie franke, le roi d'Aquitaine venait de s'emparer enfin de Tortose, vainement assiégée encore l'année précédente par son lieutenant Ingobert. On ne sait quel incident avait fait rompre le traité conclu naguère avec Hakem. Il se peut même qu'une telle rupture n'ait pas eu lieu ; car la souveraineté de l'émir de Cordoue sur celui de Tortose était purement nominale et nullement reconnue par ce dernier. Cette fois les Aquitains, commandés par le roi Louis en personne, battirent les remparts de la ville avec de si puissantes machines, « que les habitants perdirent vite l'espoir d'une résistance utile, et, se voyant terrassés par un sort contraire, rendirent leurs clefs, que Louis s'empressa de faire parvenir à son père ^ » Cette brillante expédition ne dura que quarante jours (811).
1 Astronom. Vi(a Ludovici Pii , cap. xv et xvi.