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CHAPITRE XIV

Maître des côtes, le roi essaya d'enlever Iluesca au traître Amruis; mais il en fit vainement le siège (812). Après avoir repoussé, non sans de graves pertes, une sortie de la garnison, et avoir fait à la population ennemie « tout le mal possible » , le roi fut obligé de ramener en hâte ses troupes vers les Pyrénées occidentales, oii une révolte venait d'éclater, des deux côtés des monts à la fois , parmi ses sujets de race vasconne. Louis réduisit vigoureusement Pampelune et tout son territoire à l'obéissance. Sur le point de s'engager dans les vallées basques, il s'aperçut que les sauvages peuplades de ces contrées se disposaient à renouveler, dans le val même de Roncevaux, l'odieux guet-apens qui, l'année même de sa naissance, avait coûté la vie à tant d'illustres compagnons de Charlemagne. Mais il sut déjouer leurs perfides manœuvres. Il saisit et fit pendre un des principaux chefs de la conjuration ; il enleva ensuite dans les maisons des autres grands du pays leurs femmes et leurs enfants, qu'il garda comme otages au milieu de ses bataillons , jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés en sûreté dans les plaines de la Vasconie franke^

L'émir Hakem avait vraisemblablement renoncé à toute prétention sur la Marche d'Espagne , et ne considérait plus les walis indisciplinés de cette contrée comme des représentants de son gouvernement ; car au lendemain de l'agression des Franks on le voit renouveler pour trois ans la trêve qu'il avait conclue avec fempire en 810 ^

Néanmoins, en dépit des conventions pacifiques, et soit qu'ils eussent ou non l'agrément de leur émir, les pirates du httoral espagnol continuaient leurs déprédations dans les îles de la Méditerranée. L'empereur envoya Bernard, fils du feu roi Pépin, surveiller les côtes d'Italie et se préparer au gouvernement de ce pays, sous l'habile direction du

1 Astronom. Vita Ludovici PU , cap. xv et xvi.

2 Eg\\\\\. Annal., ann. 812.

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moine Wala, petit-fils de Charles- Martel. La Corse n'en fut pas moins encore une fois saccagée. Mais au moment oïl les pirates rentraient dans les eaux de l'Espagne, chargés de butin, une escadre franke, commandée par Ermanger, comte d'Ampurias, tomba sur eux à la hauteur de Majorque, leur captura huit vaisseaux et en délivra les prisonniers ^ Malheureusement la marine impériale était insuffisante pour faire la police de la Méditerranée, et les vaincus de Majorque purent bientôt venir à leur aise exercer des représailles à Nice et jusqu'à Cività-Vecchia (813).

Le gouvernement du jeune Bernard fut inauguré avec plus de bonheur, dans ses rapports avec ses sujets langobards, par la soumission définitive du Bénévent. Grimoald II , qui avait succédé en 806 au fils d'Arigis, se décida alors à reconnaître la souveraineté impériale. Comme châtiment de leur rébellion, le traité conclu à Aix-la-Chapelle imposa aux Bénévcntins un tribut annuel de 25,000 sous d'or, qui, deux ans après, devait être réduit à 7,000 ^ Les Grecs avaient pris le parti de se désintéresser des affaires de la Péninsule. Loin de vouloir encourager les stériles intrigues des séparatistes langobards, les princes qui se succédaient sur le trône de Constantinople s'appliquaient à maintenir la concorde entre les deux empires. Michel, couronné en 812, s'empressa de confirmer le traité obtenu par son prédécesseur Nicéphore, et, ratifiant enfin la grande révolution accomplie depuis douze ans en Occident, il fit saluer par ses ambassadeurs le monarque frank du titre de basileus (empereur) ^

Le glorieux prince ne devait pas jouir longtemps de ce triomphe suprême. Sa vie, minée par tant de douleurs intimes, arrivait visiblement à son déclin. Il voyait venir la mort et s'y préparait. N'ayant plus qu'un héritier de ses

1 Eginh. Annal., ann. 813.

2 Id., ibicL, ann. 812.

;t Annal. Mellens., ann. 812.

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