CHAPITRE XIV
pousser dans le sol ces racines profondes qui en ont fait la plus durable des formes politiques expérimentées par l'humanité. C'est la paix et la forte discipline de l'empire qui a donné aux fortunes et aux influences locales le temps « de prendre vraiment possession du territoire et de ses habitants ' ». Or il ne faut pas oublier qu'avant d'opprimer les peuples chrétiens, la féodalité les sauva des invasions normandes, et que le premier lien qui attacha le vassal et le serf au maître du château fut celui de la reconnaissance. Bourgeois et vilains du ix" siècle, dans l'impuissance du pouvoir central, furent trop heureux de trouver refuge et protection à l'abri des donjons seigneuriaux. Nous n'avons pas à revenir sur les services rendus à l'Eglise et aux lettres, par conséquent aux bases fondamentales de la civilisation, par le puissant et « orthodoxe » empereur, ni à rappeler la haute inspiration des préceptes contenus dans ses Capilulaires. Mais on doit rattacher d'une manière générale et absolue aux actes de cette nature déjà signalés ailleurs, comme à leur vraie source, l'ensemble des lois et des institutions subséquentes, qui donnèrent une si forte empreinte d'unité religieuse à l'esprit public et aux mœurs de l'ancienne France.
Frappé de ces prodigieux résultats dus au zèle d'un seul homme, le peuple des âges suivants n'a pu laisser un tel chrétien confondu dans la foule des simples fidèles. Il en a faitunsam^; et depuis sept siècles la papauté voit, sans le ratifier mais sans le proscrire, le culte rendu par quelques églises particulières à ce fils des barbares , qui fit de sa royauté un apostolat , et travailla avec toute l'ardeur et toute la science d'un docteur de la foi à la propagation de l'Evangile.
Si Charlemagne ne peut être légitimement honoré comme un saint, il a droit du moins à la première place, parmi tous
1 Guizot, Hist. de la civilisation en France , leçon XX".
CIIARLEMAGNE
les héros, dans radmiralion des hommes; car on ne trouverait pas un autre souverain qui ait autant aimé l'humanité et lui ait fait plus de bien. Il est le plus glorieux, parce que, comme on Ta dit plus haut, il a mérité d'être proclamé « le plus honnête des grands hommes » .
Fia. 66. — Pièce de plomb frappée à l'occasion du couronnement de Charles comme empereur. - L'oriainat est au Cabinet des antiques, à la Bibliotbèque nationale.
Fia. C7. — Bibl. nationale, Lat. 9428. (» 59. (ix= siècle.)
ou s avons écrit, pour les premières éditions de notre Chanson de Roland, un « Éclaircissement sur Thistoire poétique de Charlemagne », qui, à raison même de ses développements considérables, n'a pu trouver place dans les éditions plus récentes. C'est ce même travail que nous offrons ici au lecteur, après l'avoir revu et mis de nouveau au courant de la science. On y trouvera l'analyse de trente chansons de geste, et un résumé rapide du tome II de nos Epopées françaises. II se divise ainsi qu'il suit : « I. Naissance et enfances de Charlemagne. II. Expéditions de Charles en Italie; Rome délivrée. 111. Luttes de Charlemagne contre ses vassaux. IV. Avant la grande expédition d'Espagne : Charlemagne en Orient et en Bretagne ; Fierabras et Otinel. V. L'Espagne. VI. Après l'Espagne. Dernières années et mort de Charlemagne. »
Fifl.