CHAPITRE l
OU de son imprévoyance. Guidée seulement jusque-là, dans ses résistances à l'absolutisme royal, par des instincts anarchiques, elle n'avait jamais su tirer parti de ses succès et assurer l'avenir, en constituant, sous une forme régulière et permanente, l'influence gouvernementale de l'aristocratie. Au pouvoir personnel du roi elle s'était contentée d'opposer un autre pouvoir personnel , d'origine distincte , mais d'attributions mal définies, celui du maire, dont elle avait surtout voulu faire un vice - roi ^ Ne s'étant, par ailleurs, réservé aucune participation collective à l'exercice de la souveraineté , elle s'était condamnée à l'alternative d'être opprimée par son puissant mandataire s'il inclinait vers les idées monarchiques , ou bien de tout perdre avec lui , si . luttant contre la dynastie , il venait à succomber dans la lutte.
Tefle fut la leçon des événements de 656 et des grands troubles qui en furent la conséquence durant plus d'un quart de siècle. L'Austrasie retomba sous le joug des institutions et des hommes de la Neustrie, et ce qui suffirait à démontrer que Glovis n'avait pas, en se défaisant de Grimoald , contracté d'obligations vis-à-vis des anciens sujets de son frère, c'est qu'il ne se mit pas en peine , comme avait fait GIotaire II après le renversement de Brunehilde, de ménager au moins les apparences de l'autonomie de l'Austrasie, en plaçant à sa tète un maire particulier. Gelui de Neustrie, Erchinoald , homme d'ailleurs prudent et conciliant, reçut la charge difficile de diriger l'administration des deux royaumes, et il s'en acquitta sans crise jusqu'à sa mort, arrivée vers 658.
L'abaissement de l'Austrasie apparut bien dans le choix de son successeur, nommé par une assemblée réputée nationale. « Les Franks, dit Frédégaire, après beaucoup d'hési-
1 On trouve souvent dans les chroniques l'expression subregulus comme synonyme de major domus.
talions, élevèrent Ebroïn à ce comble d'honneurs. » Vingt ans de guerre civile allaient sortir de cette proclamation si laborieusement préparée et où semble avoir triomphé l'influence de la reine Bathilde. Jamais l'aristocratie franke n'avait rencontré, parmi les champions des droits monarchiques, un adversaire plus adroit et plus acharné que son nouveau représentant légal. La mairie du palais subissait donc une seconde transformation, et cette arme, devenue si terrible aux mains des grands , se retournait tout à coup contre ceux qui l'avaient forgée.
Cependant, malgré l'énergie du maire Ebroïn, la transmission du pouvoir ne s'opéra pas sans en affaiblir momentanément les ressorts, et l'Austrasie y trouva l'occasion de reprendre une existence à part et indépendante. Clovis était mort depuis trois ans déjà, laissant deux fds. L'aîné, Clotaire III, lui avait succédé, sous la tutelle de sa mère Bathilde. Les Austrasiens obtinrent pour roi le second, Childéric, et élurent maire l'un d'eux, un homme nouveau nommé Wulfoald.
Ce choix , s'il fut libre et réfléchi , marque un rapid<^ progrès de réaction contre les hommes et les principes qui avaient déterminé le mouvement insurrectionnel de 613. Wulfoald , en effet , ainsi que le prouve toute sa carrière publique, n'était pas du tout le représentant des revendications aristocratiques formulées à l'assemblée de Paris. Le parti seigneurial , en élisant , en acceptant même un tel maire , témoigna d'une grande faiblesse ou d'un aveuglement extrême. D'ailleurs , ses alternatives d'engouement et d'hostUité à l'égard de ses précédents chefs électifs. Pépin et Grimoald, ses conspirations sans but, sa division dans le succès, ses défaiflances au lendemain des échecs, toute la série des événements où depuis quarante ans efle s'était agitée, s'imaginant les diriger ou en tirer profit, témoigne assez de l'absence de cohésion, de discipline et d'esprit de suite au sein de la coalition des grands leudes. Si donc les