CHAPITRE I
aussitôt chercher asile et récompense auprès de Pépin crHéristal (680).
Le vaincu de Lucofago ne pouvait songer à une revanche immédiate : il s'estima assez heureux d'obtenir un traité de paix du successeur d'Ebroïn, le maire Waratte, esprit calme et conciliant. Mais le parti d'action, fortement organisé en Neustrie et sentant sa supériorité, prétendait ne point abandonner si aisément sa proie et réclamait la guerre à outrance. Le propre fds de Waratte, nommé Gislemar, se met à la tête des mécontents , dépouille son père de son autorité , entraîne une nouvelle armée d'invasion en Austrasie et inflige un second échec aux troupes de Pépin. La crainte que son père ne le supplantât pendant son absence l'empêcha de profiter de sa victoire et le fit rentrer en hâte en Neustrie, où il ne tarda pas à mourir. Waratte, restauré alors dans sa charge, ne l'exerça que deux ans, toujours appliqué à éviter les causes d'un conflit extérieur.
Mais Bcrtaire, son gendre et son successeur, ne suivit pas cet exemple. Il revint à la politique d'Ebroïn et « dédaigna les conseils et l'amitié des P>anks », de ceux-là du moins qui comptent seuls aux yeux des historiens du parti austrasien, c'est-à-dire des membres de l'aristocratie. Il paraît même qu'il ne recula pas devant les mesures de rigueur pour les réduire à la soumission ; car les grands exilés ou fugitifs de Neustrie et de Bourgogne affluèrent de nouveau auprès de Pépin, réclamant le secours de son épée. Le duc hésitait, au souvenir de ses récents désastres. Persuadé néanmoins de la justice de leur cause, il essaya d'abord de la faire triompher par des négociations pacifiques; il envoya prier le roi Théoderic de recevoir en grâce les bannis et de leur restituer les domaines qui leur avaient été enlevés. Ces domaines étaient évidemment, pour la plupart, des bénéfices révocables rattachés au fisc ou attribués aux partisans de Bertaire : la demande de Pépin ne tendait donc à rien moins qu'à déplacer en Neustrie l'influence politique au
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profil des adversaires du maire du palais. Le roi, à Tiiistigalion de celui-ci, répondit par une déclaralion de guerre. Il annonça aux messagers « qu'il ii'aiL lui-même chercher ses serviteurs fugitifs, que Pépin avait reçus chez lui contie le droit et la loi' ». De part et d'autre on se mit en campagne. Le choc des deux armées eut lieu, cette fois, dans le bassin de la Somme, à Tcstry, sur les bords de la rivière d'Aumignon (G87). Pépin avait si peu souhaité cette levée de boucliers, qu'avant d'en venir aux mains et de livrer le sort de la patrie au hasard d'une bataille, il voulut épuiser les voies de conciliation. Il alla jusqu'à offrir une somme d'argent considérable pour conjurer la lutte. L'aveugle présomption de Bertaire lui fit rejeter toute proposition d'accommodement.
Pépin , obligé de combattre , se montra aussi habile général qu'il avait été négociateur prudent. Par un stratagème adroitement combiné, il rompit les lignes de l'ennemi et le mit en pleine déroute. Bertaire, auteur du désastre, fut égorgé par ses compagnons d'armes, indignés de son imprévoyance et de sa lâcheté. Le pauvre roi Théoderic, qui n'avait certes aucune part de responsabilité dans l'entreprise, s'enfuit jus- (ju'à la Seine, toujours poursuivi par l'armée austrasienne. A la fin , ne sachant où trouver des amis fidèles et dévoués à sa mauvaise fortune, il i)rit le parti d'attendre à Paris son vainqueur et de se remettre à sa discrétion. Pépin n'eut garde de provoquer parmi les Franks de nouvelles divisions par un attentat quelconque contre la personne royale : « Il conserva respectueusement au prince mérovingien le nom de roi, dit l'annaliste de Metz ; mais il prit comme son propre bien le gouvernement de tout l'empire, les trésors royaux et le commandement de toute l'armée des Franks ^ » En un mot , la souveraineté effective se trouvait transportée tout entière aux
1 Annales Mettens.
2 Jbid., ann. 787.