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CHAPITRE I

générale des guerriers à Touverture des expéditions annuelles. L'armée nationale, qui était réellement tout le peuple, n'y figure activement que dans la personne de ses chefs.

Il fallait que les membres convoqués à ces assemblées eussent peu d'intérêt personnel à s'y rendre, et que, d'autre part, leur négligence offrît aux yeux du duc des Franks un inconvénient plus grave que l'absence de leur contrôle sur ses résolutions ou ses actes, pour qu'il se fût décidé à frapper d'amende les récalcitrants. Une sanction pénale mise à l'exercice d'un droit politique, c'est là une conception raffinée tout à fait étrangère aux esprits du vu® siècle, et que les théoriciens de la souveraineté populaire n'ont pas même encore réussi à introduire dans les constitutions modernes.

Ainsi réservée aux grands leudes et bornée aux choses de la guerre, la discussion des affaires de l'Etat ne présente nullement le caractère de généralité que certaines expressions des chroniques tendraient à lui faire attribuer. Rien ne ressemble moins, à vrai dire, que ces Champs de mars de la fin du VII® siècle au mallum du temps de la conquête, oli tous les membres de la libre démocratie franke avaient droit égal d'opiner sur les entreprises dont la conduite était confiée au roi de la tribu. A cette époque, l'œuvre législative émanait du concours de deux agents, le roi et la masse des hommes libres. Ces deux agents, au second siècle de l'occupation territoriale, avaient perdu toute initiative et se trouvaient dominés, annihilés : le premier, par le maire du palais; le second, par le corps aristocratique. L'influence législative proprement dite de l'ancien mallum avait passé à d'autres réunions sans périodicité, et dont la composition est bien moins nationale encore que celle du Champ de mars : espèces de congrès des puissances sociales d'alors , comme avait été notamment l'assemblée d'Andclot en. 587, puis celle de Paris en Gl^i , où le parti et la famille même des maires austrasiens avaient particulièrement contribué, sinon à introduire, du

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moins à consacrer la prépondérance d'un élément nouveau et d'esprit nullement germanique, Tépiscopat. L'aristocratie ecclésiastique et guerrière triomphait donc encore là comme partout, et l'ordre de choses qu'elle travaillait à fonder ne durerait pas moins de la démocratie anarchique des tribus d'outre-Rhin que de l'antique centralisation impériale.

La politique extérieure de Pépin donne un démenti encore plus frappant à l'opinion qui le repi'ésentc comme un champion et un restaurateur du teutonisme.

Les Franks, depuis l'époque lointaine où leur confédération indépendante apparaît dans l'histoire, n'avaient eu que des relations d'hostilité avec les autres branches de la famille germanique. A dater surtout de leur établissement en pays chrétien , leur principale préoccupation avait été de réprimer les empiétements des peuplades barbares, avides de partager avec eux les dépouilles de l'empire. Allemans, Thuringiens, Saxons, Frisons, Baïvares et Langobards, successivement battus, rançonnés, réduits au tribut par les premiers rois mérovingiens, n'avaient certes jamais eu aucun motif de considérer comme des frères les nouveaux dominateurs de la Gaule septentrionale. Mais la terreur du nom des Franks avait rapidement baissé au milieu de leurs discordes intestines. La Teutonie vassale avait peu à peu réussi à secouer le joug et reprenait, tout le long du iUiin, une attitude agressive, pendant que les Gallo-Romains du midi de la Loire et les Celtes de la prescpi'ile armoricaine se reconstituaient en Etats libres sous leurs chefs nationaux. Toutes les frontières étaient à la fois menacées.

Fidèle à l'esprit de sa race et négligeant, en présence d'un intérêt supérieur de la civilisation, de réprimer les soulèvements des provinces chrétiennes de l'ouest et du midi de la Gaule, c'est à dompter d'abord les païens d'outre- Lliiii que Pépin consacra tous ses efforts. Cette rude guerre germanique, (jui coûta aux Franks vingt-cinq ans de travaux, ne devait en somme leur procurer aucun établissement poli-

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