CHAPITRE I
tique nouveau et durable. Elle eut cependant, dans l'ordre le plus élevé des considérations historiques, une importance capitale : elle marque le commencement de la revanche contre les funestes invasions du v° siècle, en ouvrant par le fer les voies à la prédication évangélique jusqu'au cœur même de la barbarie, et en donnant de ce côté à l'Eglise ses premières conquêtes territoriales.
Jusque-là, en effet, le christianisme, même au temps de sa première et rapide expansion sous les empereurs convertis, n'avait pas dépassé les frontières du Ixhin et du Danube. Les missionnaires de race celtique , moines irlandais et prélats de la Gaule franke, n'avaient réussi qu'à lui faire regagner le terrain perdu dans d'anciennes provinces romaines submergées par les hordes du Nord. « 11 avait mis tout ce temps (depuis l'invasion), ainsi que l'observe Ozanam, à retrouver les limites que ses premières prédications atteignaient déjà, à reprendre les villes dont les Césars avaient bâti les basihques, dont les évêques siégeaient aux conciles d'Arles, de Sardique et d'Aquilée. Tant de fatigues n'aboutissaient qu'à réparer l'œuvre détruite de la civilisation romaine. Il fallait maintenant la poursuivre, s'établir dans la grande Germanie, où Drusus, Marc-Aurèle, Probus avaient pénétré sans y laisser rien de durable , et que le sénat n'osa jamais réduire en province. Cet effort devenait nécessaire pour la sécurité même de la société chrétienne... Il fallait passer la frontière des Pxomains ou céder comme eux : car c'est le sort des conquêtes de ne pouvoir s'arrêter sans que tôt ou tard elles reculent '. »
Voilà la justification éclatante de l'ambition, de l'usurpation, si l'on veut, de Pépin d'Héristal : c'est d'avoir rassemblé toutes les forces de son peuple pour reprendre la mission civilisatrice dévolue aux conquérants de la Gaule et que la dynastie nationale se montrait de plus en plus incapable de
1 Ozanam, la Civilisation chrélienne chez les Francs, ch. iv, p. 142.
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diriger. C'est à ces expéditions de la fin du vu® siècle, et au système de colonisation chrétienne inauguré là d'une façon suivie par l'illustre bisaïeul de Charlemagne, qu'il convient de rapporter l'œuvre d'unification de l'Europe centrale réalisée un moment et avec de si heureuses conséquences par le fondateur du saint-empire.
Ce qui caractérise surtout l'ère nouvelle de propagande religieuse ouverte par les victoires de Pépin d'IIéristal , c'est l'intervention plus directe et plus continue de la papauté dans l'apostolat des infidèles. Isolé par le fiot des grandes invasions au cœur de l'empire mutilé, le chef de la cathohcité avait, aussitôt la tourmente passée , repris l'initiative de la conversion des peuples barbares placés en dehors de la sphère d'influence des antiques cités épiscopales restées debout. C'est ainsi que saint Grégoire le Grand avait, quatre-vingtdix ans auparavant, amené dans le sein de l'Eglise les Anglo- Saxons, race missionnaire, que son tempérament portait aux entreprises hardies et difficiles, et que la communauté d'origine, de grandes analogies de mœurs et de langue, rendaient bien plus propre que les Celtes, disciples de saint Colomban, à entrer en communication avec les Germains du continent.
C'est, en effet, la Grande-Bretagne, devenue « l'île des Saints », qui lance sur la rive droite du Rhin les premiers pionniers de l'Evangile, à la suite et sous la protection des Franks victorieux. A la faveur d'un traité imposé par Pépin au duc des Frisons , saint Willibrord , avec douze compagnons, prend possession de cette contrée et y plante l'étendard de la croix, qu'il y devait soutenir d'une main ferme pendant quarante ans. Envoyé à Rome, près du pape Sergius, au nom du duc des Franks, ilsert d'intermédiaire entre le saint-siége et le héros pour l'organisation de cette nouvelle province chrétienne^; il y revient avec le pallium et fonde
1 Ozanam, la Civilisation chrétienne clie:- les Francs, ch. v, \k 170.