CHAPITRE I
révèché d'Ulrecht, le premier qui ait élé établi sur une terre dépourvue de traditions romaines (69(3). Dès lors, la Germanie païenne était entamée et la voie ouverte à l'apostolat de saint Boniface.
En 713 seulement, la Teutonie, remise sous le joug, laisse enfin respirer son vainqueur. « Cette année-là, disent les annales de Metz, le prince Pépin n'eut pas à conduire l'armée hors des limites de sa principauté. » Mais l'affermissement de son pouvoir au sein même de cette « principauté », privée encore de tout système d'organisation intérieure , offrait à sa vieillesse une tâche assez difficile, d'autant plus que les quelques résultats obtenus sous ce rapport depuis vingt-cinq ans allaient être remis en question.
Dans la situation sans précédent que lui avait faite la victoire de Testry, Pépin, afin de ménager la transition, n'avait pas cru devoir abandonner tout d'abord le titre de son ancienne charge de maire du palais. Mais, comme il ne lui convenait plus de paraître personnellement astreint envers le roi mérovingien à des fonctions d'un ordre subalterne, il avait délégué l'exercice de ces fonctions à un de ses leudes particuKers nommé Nordbert, sorte de vice -maire, par qui il se fit dès lors représenter en Neustrie. Théoderic et son fils aîné, Clovis III, passèrent successivement leurs règnes obscurs et inactifs sous la tutelle de cet officier, pendant que Pépin conduisait ses grandes expéditions au delà du Rhin.
A l'avènement de Childebert (695), Nordbert étant mort, le duc des Franks s'était décidé à briser le faible lien qui semblait encore le tenir dans la dépendance de la monarchie héréditaire. Il avait proclamé officiellement maire du palais son fils Grimoald, érigeant ainsi sa propre autorité en un droit personnel et absolu, fondé seulement sur son génie et sur sa gloire.
L'administration de Grimoald, jeune homme au caractère doux et pacifique, rencontra d'autant moins de difficultés en
Neustrie, que Pépin y avait rallié à sa cause les adversaires traditionnels de sa famille et de rinfluence austrasienne , en faisant épouser à son fils aîné , Drogon , duc de Champagne , la fille de Tancien maire Waratte, veuve de Bertaire le vaincu de Testry. Quinze ans après, au terme de la guerre germanique, un autre mariage cimenta l'alliance précaire conclue alors avec le plus terrible des ennemis nouvellement domptés d'outre- Rhin. Le jeune maire Grimoald, à son tour, devint le gendre du duc des Frisons, Radbod. Voilà, à vrai dire, la seule concession de Pépin au teutonisme.
S'il sut faire servir à la réalisation de ses plans politiques les mariages de ses enfants, on sait comment la double union qu'il contracta lui-même fut, au contraire, une source de troubles civils aussi bien que de chagrins domestiques. A l'exemple de Pépin l'Ancien , il avait choisi sa femme chez les populations romanes de la Gaule méridionale. L'Aquitaine Plectrude, sa compagne zélée et peut-être son inspiratrice dans ses œuvres de propagande chrétienne % lui avait donné les deux fils dont il a été question plus haut, Drogon et Grimoald. Cependant cette première affection, doublement sacrée, ne lui suffit pas. Soit qu'il obéît à des considérations ambitieuses d'ordre inférieur, ou qu'il cédât, en dépit de sa piété, aux entraînements fougueux de sa nature barbare, il se laissa aller à imiter les mœurs polygames trop fréquentes dans les hauts rangs de la société franke , et surtout dans le palais des Mérovingiens. Du vivant de Plectrude, il prit une seconde femme, « belle et de grande naissance, » disent les chroniqueurs, et nommée Alpaïde, qui devait être la mère de Charles -Martel.
C'est la première dérogation publique de cette nature aux grands préceptes de la morale chrétienne que l'histoire signale dans la descendance de saint Arnulf et de Pépin l'An-
1 Voir ap. Bréquigny, t. IV, p. 203, 212, 219, 274, 298, des actes de fondalion religieuse émanée conjointement de Pépin et de Plectrude.