‹ CharlemagneChapitre 32 sur 236 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

cien. Cette faute faillit avoir dans Tordre politique même les plus désastreuses conséquences, en jetant le chef de Taristocratie austrasienne hors des traditions de sa famille. En effet, la fatalité de sa situation fausse, bien plus sans doute qu'une perversité naturelle de caractère, fit pour un temps d'Alpaïde, avec la complicité au moins passive du duc, l'adversaire du clergé, et par conséquent de l'œuvre civihsatrice que symbolisait en quelque sorte le principat de Pépin d'Héristal. La rupture avec l'Eglise, provoquée par les remontrances et les censures d'un courageux prélat, dégénéra môme en une guerre sacrilège et aboutit à un drame sanglant, qui rappelle les plus mauvais jours des persécutions de Brunehilde. L'évêque de Maestricht , Landbert (saint Lambert), s'étant rendu odieux à la concubine en lui refusant les honneurs du rang qu'elle occupait indûment, périt bientôt après, assassiné par les proches et les partisans de la femme offensée (708) '.

La mort du saint amena le résultat que , vivant , ses démarches n'avaient pu obtenir. Pépin, épouvanté d'un tel crime, repoussa aussitôt la compagne^ dont l'influence venait de se révéler si grande et si funeste. Il rappela Plectrude; mais de rudes expiations de ses égarements devaient attrister sa vieillesse. Drogon , son fils aîné , meurt vers cette même époque. Grimoald, le second, caractère doux mais peu énergique, ne paraissait guère propre à porter le lourd héritage du gouvernement des Franks. Et, par une amère dérision du sort, la femme disgraciée, Alpaïde, lui avait donné un autre enfant, nommé Karl (Charles, dans la langue romane), déjà fort et valeureux, en qui revivaient tous les traits du génie paternel. Victime innocente des crimes d'autrui, les ressentiments de Plectrude et le sang

i Godeschalc, Gesla Pontifie. Leod. t. I, p. 336-399; Henaux , Hist. du pays de Liège.

2 Elle se retira dans un monastère fondé par elle à Orp-le-Grand, près de Jodoigne. Vid. Warnkœnig et Gérard, Hist. des Carol.. t. I, p. 131.

de Landbert suffisaienl pour mellre ce jeune homme à l'écart, quand une catastrophe, mal exphquée dans l'histoire, creusa encore l'abîme de défiances qui le séparait de sa famille naturelle.

Pépin étant tombé malade (714) dans sa villa de Jupille, près d'Héristal et de Liège, Grimoaid accourut de Neustrie près de lui. Peut-être la piété fdiale n'était-elle pas son seul mobile et voulait -il être en mesure, si la succession paternelle venait à s'ouvrir, de s'opposer aux entreprises des partisans de Charles. L'événement ne tarda pas, en effet, à prouver la force et l'audace de ses ennemis. Un jour qu'il priait pour la santé du vieux duc dans la basilique élevée en l'honneur de saint Lambert, sur les lieux mêmes où l'évêque avait été assassiné , un coup d'épée , porté par une main inconnue, l'étendit mort devant le tombeau du martyr. En l'absence de témoins, ce nouveau forfait fut généralement attribué aux auteurs du premier. Le jeune Charles fut soupçonné, par Pépin lui-même, de complicité dans un meurtre si favorable à son ambition , et sa disgrâce fut dès lors irrévocable'. Plutôt que de se rapprocher du fds d'Alpaïde, et à défaut d'héritiers légitimes du défunt , le duc adopta un enfant de six ans, bâtard lui aussi, que Grimoaid avait eu d'une concubine avant son mariage avec la fdle de Radbod. Ce fut ce bâtard, appelé Théodoald, qu'il choisit pour représenter son principat en Neustrie, comme l'avaient fait précédemment Grimoaid et Nordbert, avec le titre et dans l'office singulièrement amoindri de maire du palais. Mais il avait à peine pourvu à celte sorte de lieutenance, comptant évidemment sur un prochain retour de ses propres forces, qui lui permettrait de continuer l'exercice du pouvoir suprême, que la mort l'emporta à son tour (16 décembre 714). Seul auteur et seul gardien de la pacification intérieure des Etats franks, l'œuvre entière de sa vie disparaissait avec lui. Deux

i Annales MeUens., ann. 716.

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