CHAPITRE I
que des documents apocryphes' ont fait rattacher indûment, presque jusqu'à nos jours, à la dynastie mérovingienne, trouvait dans les intérêts mêmes de sa situation princière, et sans avoir besoin d'être stimulé par des rancunes de famille , des raisons suffisantes de s'opposer à la restauration de l'hégémonie austrasienne. Les rivalités des Franks étaient la meilleure garantie de l'indépendance des populations romanes. Un an donc après la bataille de Vinci , une forte armée neustro -aquitaine était réunie sur l'Aisne, non loin de Soissons , pour courir de nouveau les chances de ce jugement de Dieu , que Ragenfrid avait invoqué une première fois sans s'y soumettre. Malgré leur nombre, les soldats de Ghilpéric furent encore battus , et le triomphe des hommes de l'Est demeura cette fois décisif. Ragenfrid , échappé à grand'peine au désastre des siens, comprit que c'en était fait de son rôle politique et s'enfuit dans ses terres d'Anjou. Pendant ce temps, Odon repassait la Loire, entraînant avec lui, comme un précieux otage, le pauvre roi Ghilpéric.
La mort de Clotaire IV, arrivée peu de temps auparavant et tout à fait à propos, permit à Charles de compléter sa victoire et d'en assurer les résultats par une évolution pleine d'habileté. Maître de toute la monarchie et s'inspirant de l'exemple de son père après Testry, il proclama roi, « sous son autorité, » Ghilpéric lui-même. Ainsi concilia -t-il tous les intérêts en jeu, la cause dynastique comme la cause nationale, attentif à ménager l'amour-propre des vaincus et à respecter les droits acquis. Dans ce but il laissa à Ragenfrid , et même à la suite d'une révolte ultérieure, la jouissance d'un comté, et il confirma le traité conclu entre Odon et le gouvernement neustrien, d'après lequel les provinces d'outre- Loire formaient un État à peu près indépendant. En fait, la
1 La charte d'Alaon. Voir la critique de ce document par Rabanis , les Mérovingiens d'Aquitaine ; et ap. Biblioth. de l'Ecole des chartes, série IV, t. II, p. 257.
Gaule franke se trouva dès lors administrée par deux ducs, investis de toutes les prérogatives de la souveraineté, le duc des Franks et celui des Aquitains.
Si Charles ne poussa pas plus loin la réalisation de sa politique centralisatrice , c'est que Tempire mérovingien reconstitué avait à faire face, au dehors, à des périls bien autrement graves que ceux qui résultaient de l'assimilation imparfaite de ses divisions administratives.
Quatre années d'anarchie, à la suite de la mort de Pépin, avaient permis aux peuples vassaux de Germanie de secouer le joug de la France , et môme d'attaquer impunément ses frontières septentrionales, dégarnies de défenseurs. Charles, dans une série d'expéditions savantes, ramena à la soumission les Souabes, les Baïvares et les Frisons, et refoula dans ses limites le rude peuple saxon qui s'était répandu sur la Thuringe. En 734, toute la Germanie était définitivement domptée.
Dans l'intervalle s'était accompli , au cœur de la Gaule , le plus glorieux fait d'armes de l'aïeul de Charlemagne. La bataille de Poitiers (732) avait sauvé l'Europe du joug musulman et préservé le christianisme occidental, sinon de la ruine, du moins d'un affaiblissement dont les résultats eussent été désastreux pour l'humanité.
Moins d'un siècle après la prédication de Mahomet, ses farouches disciples avaient déjà porté en deçà des Pyrénées leur sanglant apostolat. Entrés en Espagne en 711, les Arabes, huit ans plus tard, s'emparaient de Narbonne. La Bourgogne entière subit leurs ravages, et enfin, en 732, l'émir Adb-el-Raman, concentrant toutes ses forces dans l'Ouest, inondait l'Aquitaine de ses hordes fanatiques et étendait sa domination jusqu'aux rives de la Loire. Odon, écrasé sous le flot de l'invasion après douze ans d'une lutte héroïque, courut invoquer l'appui du duc Charles, son ennemi et son vainqueur de la veille; car la paix conclue entre eux en 720 avait été rompue en 731 , et les succès du chef austrasien sur
Gaule franke se trouva dès lors administrée par deux ducs, investis de toutes les prérogatives de la souveraineté, le duc des Franks et celui des Aquitains.
Si Charles ne poussa pas plus loin la réalisation de sa politique centralisatrice , c'est que Tempire mérovingien reconstitué avait à faire face, au dehors, à des périls bien autrement graves que ceux qui résultaient de l'assimilation imparfaite de ses divisions administratives.
Quatre années d'anarchie, à la suite de la mort de Pépin, avaient permis aux peuples vassaux de Germanie de secouer le joug de la France , et môme d'attaquer impunément ses frontières septentrionales, dégarnies de défenseurs. Charles, dans une série d'expéditions savantes, ramena à la soumission les Souabes, les Baïvares et les Frisons, et refoula dans ses limites le rude peuple saxon qui s'était répandu sur la Thuringe. En 734, toute la Germanie était définitivement domptée.
Dans l'intervalle s'était accompli, au cœur de la Gaule, le plus glorieux fait d'armes de l'aïeul de Charlemagne. La bataille de Poitiers (732) avait sauvé l'Europe du joug musulman et préservé le christianisme occidental, sinon de la ruine, du moins d'un affaiblissement dont les résultats eussent été désastreux pour l'humanité.
Moins d'un siècle après la prédication de Mahomet, ses farouches disciples avaient déjà porté en deçà des Pyrénées leur sanglant apostolat. Entrés en Espagne en 711, les Arabes, huit ans plus tard, s'emparaient de Narbonne. La Bourgogne entière subit leurs ravages, et enfin, en 732, l'émir Adb-el-Raman, concentrant toutes ses forces dans l'Ouest, inondait l'Aquitaine de ses hordes fanatiques et étendait sa domination jusqu'aux rives de la Loire. Odon, écrasé sous le flot de l'invasion après douze ans d'une lutte héroïque, courut invoquer l'appui du duc Charles, son ennemi et son vainqueur de la veille ; car la paix conclue entre eux en 720 avait été rompue en 731, et les succès du chef austrasien sur
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Xlio-Xm^ SIÈCLE — AKT GOTHIQUE
Vitrail de Charlemagne à Chartres : fin du xii"= ou commencement du xiii<^ siècle. — Celte verrière est la traduction exacte de deux documents latins des xi<=-xu'= siècles qui étaient également populaires dans la société ecclésiastique de celle époque : 1° La Chronique du faux Turpin ; 2° une Légende latine , de 1060-1080, relative au prétendu voyage de Charles à Jérusalem et à Constanlinople. Rien d'historique : tout est légendaire ou fictif. [V. la planche IV, où l'on a reproduit au trait tout l'ensemble de cette mosaïque transparente , et V Eclaircissement sur l'illuslralion du présent volume, où ce vitrail est expliqué en détail, médaillon par médaillon. )