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CHAPITRE I

les chrétiens méridionaux avaient facilité ceux des musulmans. Le péril commun rapprocha les deux rivaux. Il n'y avait plus de place alors pour les vieilles querelles d'ambition et les hostilités de races ; toutes les provinces du monde catholique, depuis la Méditerranée jusqu'au Rhin et au Danube, mêlèrent leurs guerriers dans les légions que Charles entraîna à sa suite vers la Loire, à l'automne de cette même année.

Il rencontra les bandes arabes près de Tours : « Ce fut un des moments les plus solennels des fastes du genre humain. L'islamisme se trouvait en présence du dernier boulevard de la chrétienté : après les Visigoths, les Gallo-Vascons; après les Gallo-Vascons, les Franks; après les Franks, plus rien. Ce n'étaient pas les Anglo- Saxons isolés au fond de leur île ; ce n'étaient pas les Langobards, faibles dominateurs de l'Italie épuisée; ce n'étaient pas même les Gréco-Romains de l'empire d'Orient qui pouvaient sauver l'Europe; Constantinople avait assez de peine à se sauver elle-même! Le chroniqueur contemporain, Isidore de Reja, ne s'y trompe pas : il appelle l'armée franke l'armée des Européens. Cette armée détruite, la terre était à Mahomet'. »

Charles gagna là son surnom de Martel, en broyant les infidèles comme sous un marteau. Le gigantesque effort des peuples germano-romans qu'il avait soulevés, et que son fier exemple ne cessa d'animer durant cette bataille de huit jours, obtint enfin sa récompense. Refoulée lentement jusqu'à Poitiers, l'armée d'invasion se décida à opérer sa retraite, La France était délivrée, et pour jamais, de la domination musulmane.

Cette crise avait démontré d'une manière frappante la nécessité de l'union et de la disciphne dans l'empire frank. Odon, pour prix de son salut, reconnut dès lors la suzeraineté de son libérateur. Hunald , fils d'Odon , qui lui succéda

1 Henri Martin, Hisl. de France, t. II, liv. XII, p. 202.

en 736, essaya bien d'affranchir son principal héréditaire; mais Charles accourut Tépée à la main et l'obligea à prêter serment de fidélité. La Bourgogne, impatiente de tout gouvernement régulier et démembrée en une foule de seigneuries indépendantes , fut réduite elle aussi à la soumission , l'année qui suivit la bataille de Poitiers. Ainsi , quand le roi Théodoric IV, successeur de Chilpéric II, mourut en 737, Charles -Martel, qui ne prit pas la peine de le remplacer, se trouvait solidement établi à la tête de l'État le plus monarchiquement organisé qui eût jamais obéi à un roi mérovingien.

Mais l'effort d'où sortit cette reconstitution politique et militaire de l'empire frank avait produit en retour, en raison même de son intensité, un immense trouble social, et, « au moment même où Charles- Martel, vainqueur des infidèles, semblait devenir le sauveur de la civilisation chrétienne , elle faillit périr des suites de la victoire. Les exploits de ce grand homme de guerre , en assurant la supériorité des Austrasiens sur la Neustrie et de l'aristocratie militaire sur la royauté, avaient encore une fois changé la face du pays. Les Franks orientaux s'établirent en conquérants dans les villes de l'Ouest et du Centre, jusque-là paisiblement gouvernées par des officiers des rois, et l'on vit toutes les violences d'une invasion barbare avec tous les changements d'une révolution politique. La bataille qui sauva l'Eglise des Gaules lui coûta cher : ses biens furent donnés en fiefs aux guerriers. Charles , importuné des exigences de ses leudes, leur jetait les crosses des évèchés et des abbayes. Le siège de Mayence fut occupé successivement par deux soldats, Gerold et Gewielieb , son fils: le premier périt en combattant les Saxons; le second vint en armes défier le meurtrier de son père, le tua d'un coup d'épée, et retourna sans remords au service de l'autel. De semblables chefs n'étaient pas faits pour contenir le clergé; le désordre ne trouva plus de résistance. Les derniers vestiges de la ré-

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