CHAPITRE II
NAISSANCE ET EDUCATION DE CHARLEMAGNE — LES ORIGINES DU POUVOIR TEMPOREL DES PAPES
URPRis par la mort à l'apogée de sa gloire et dans toute la force de son génie, Charles -Martel, le vrai chef de la dynastie carolingienne, le héros fondateur de qui elle a pris son nom , venait de descendre dans la tombe.
En vingt- cinq ans de luttes gigantesques il avait rétabli l'unité pohtique de l'empire frank, ramené à la soumission au nord et au midi les États tributaires, et mis la monarchie à l'abri des incursions de la barbarie germanique et musulmane. Il semblait appelé encore par la Providence à de plus hautes destinées. La chrétienté avait pu croire qu'elle lui devrait, après son salut, son organisation
Fig. 25.- Bibl. nationale. Lat. 9428 (i\' siècle.)
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sociale, et c'est dans ce but que le pape Grégoire III, interprète autorisé de la confiance des peuples, lui avait offert, avec le patriciat romain, la direction de l'Europe civilisée. Mais Dieu en avait disposé autrement. Aussi bien, le terrible vainqueur de Poitiers, si l'on examine les éléments complexes de son autorité, aurait-il eu à surmonter trop d'obstacles pour remplir un pareil rôle. Allié des Langobards sur les champs de bataille et spoliateur lui-même des églises des Gaules, il était mal préparé à devenir le champion du saint-siége. Sa carrière devait donc se borner aux grands travaux militaires ({ui l'avaient illustrée, et c'est à sa descendance qu'il était réservé d'en tirer les conséquences morales définitives.
Ses deux fds , héritiers de son pouvoir, comprirent de prime abord les devoirs de leur situation. Une vaste réforme ecclésiastique, opérée parles soins de saint Boniface, avait inauguré le principal de Carloman et de Pépin. L'épiscopat entier de la France proclamant, dans un acte solennel, son inébranlable attachement à l'autorité pontificale, toutes les classes du clergé jurant de conformer leurs mœurs et leurs doctrines à la rigueur des lois canoniques, la discipline de la vie claustrale partout restaurée : voilà, au point de vue religieux, sous quels auspices s'annonçait ce régime réparateur.
Malheureusement dans l'ordre politique, au lieu de l'apaisement et de la concorde, c'était, au contraire, une perturbation générale qui se manifestait après la mort du puissant Charles. Les vieilles rivalités des peuples qu'il avait eu tant de peine à rapprocher se réveillaient de toutes parts, et d'autant plus ardentes qu'elles avaient été plus énergiquement comprimées. Rien de plus précaire que la fusion entre les deux royaumes franks. Plus de vingt ans d'une domination arrogante et rapace de l'aristocratie austrasienne, loin d'effacer les anciennes antipathies, n'avaient fait qu'envenimer, au cœur des vaincus d'Amblèvc et de Vinci , le ressentiment