CHAPITRE II
de leur défaite. Le trùne était resté vacant depuis la mort deThéodericV, en 737. Mais, en 741, le parti de l'autonomie neustrienne s'affirme de nouveau par la restauration de la dynastie mérovingienne, dont la déchéance était le résultat des revers des Franks occidentaux et la consécration de leur abaissement. Que les jeunes princes Carloman et Pépin aient pris, comme quelques-uns le prétendent^, l'initiative de cette restauration ou qu'elle ait été un acte formel d'opposition à leur gouvernement, toujours est-il qu'ils surent en neutraliser le péril en faisant du nom de Childéric III un symbole d'union nationale, et en retenant pour eux-mêmes l'exercice du pouvoir sous sa souveraineté nominale, avec le titre de maires du palais : le premier en Austrasie , le second en Neustrie.
Mais, en dehors de ces provinces de race franke, la révolte contre l'hégémonie austrasienne se produisait avec un caractère bien autrement intense, et nulle concession de forme n'aurait pu la réprimer.
A l'exception des musulmans, en proie alors à de cruelles divisions intestines et dont les possessions en deçà des Pyrénées se trouvaient d'ailleurs réduites au territoire de Narbonne, tous les ennemis que Charles- Martel avait successivement domptés se levaient à la fois et revendiquaient leur autonomie les armes à la main. Si la Bourgogne, ramenée à l'obéissance par une récente expédition de Pépin et de son oncle Ghildebrand, et la Provence, restée sous le coup du terrible châtiment que lui avait attiré naguère (736-739) l'alliance conclue par ses seigneurs goths avec les Sarrasins, en haine de la domination des leudes du Nord , n'osaient encore ni l'une ni l'autre se joindre ouvertement aux rebelles, toute la Gaule méridionale , du Rhône à l'Océan et des Pyrénées à la Loire, répondait au cri de guerre et de délivrance poussé par Hunald, le fier duc d'Aquitaine. Sur l'autre flanc
1 Vid. ap. Warnkœnig et Gérard, Flisl. des CaroL, t. I, p. 200.
84 Cil ARLEMAGNI-
de l'empire, l'agression ëLail j)lus redoutable encore. La Teutonie entière s'était confédérée pour secouer le joug de l'oppresseur commun. L'antagonisme religieux, si ardent jusque-là entre ses divers peuples, s'était effacé tout à coup devant l'excitation patriotique ; les sectateurs de Woden (Odin) s'alliaient aux disciples du Christ, et non-seulement les Allemans convertis, mais les sauvages Saxons et jusqu'aux tribus slaves se rangeaient avec les Baïvares sous la bannière de l'indépendance germanique.
Odilon, duc des Baïvares, était le promoteur et le chef de la coalition. 11 en avait concerté le plan , il se préparait à en combiner l'exécution avec Hunald. Habile à manier l'intrigue, il avait su intéresser à sa cause le saint-siége, toujours enclin à favoriser les revendications des peuples faibles, et il n'y avait pas jusqu'à la famille carolingienne elle-même au sein de laquelle il n'eût noué des intelligences et gagné des partisans. La princesse baïvare Swanehilde , seconde femme de Charles-Martel, et son fds. Griffon, exclu du gouvernement, étaient au cœur de la France ses complices, ses agents dévoués. A leur instigation, la propre sœur germaine de Carloman et de Pépin , Chiltrude , s'était enfuie de sa patrie pour aller offrir sa main au prince agilulfing, dans le temps même qu'il déclarait la guerre à ses frères.
Ainsi Carloman, à qui le testament paternel avait, outre l'Austrasie , attribué comme provinces frankes l'Allemanie et la Thuringe, et donné la suzeraineté de tout le reste de la Teutonie, et Pépin, dont l'autorité nominale embrassait, avec la Neustrie , la Bourgogne et la Provence , le duché vassal d'Aquitaine, ne commandaient réellement que dans les hmites primitives du royaume mérovingien , et encore hnir fallait-il défendre leurs frontières du Rhin et de la Loire contre l'agression la mieux organisée qu'on eût vue depuis l'origine de la monarchie. Telle était la crise solennelle où s'agitaient les destinées de la France et de la chrétienté , au moment où naquit Charlemagne.