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CHAPITRE II 8S

Son père était ce second fils de Charles- Martel, que les chroniques, à cause de sa petite taille et pour le distinguer de ses ancêtres du même nom, ont appelé Pépin le Nain ou le Bref. Sa mère Bertrade, fille du comte frank Iléribert, est restée célèbre, elle aussi, dans les fictions de l'épopée chevaleresque, sous le nom de Berthe aux Grands- Pieds. Premier-né de leur mariage, il vint au monde le 2 avril 742 ^ On lui donna le nom de Karl, qui, dans les idiomes germaniques, signifiait le Fort, le Robuste, et dont son vaillant aïeul avait si bien justifié le sens étymologique. Mais la différence de génie et de rôle qui distingue le second Karl du premier devait influer sur le sort de leur nom et le spécialiser pour chacun d'eux. Comme la civilisation latine façonna l'esprit et inspira la conduite du fils de Pépin le Bref, la langue romane aussi s'est approprié son nom tudesque, en y soudant, avec une épithète latine, l'idée de la grandeur et le témoignage de l'admiration de la postérité; — de même que le couronnement de ce roi d'origine barbare par la main du pape et au pied de l'autel de saint Pierre, le détacha en quelque sorte de sa race pour faire de lui le chef du saint empire romain. Le héros que l'Allemagne, héritière des seules traditions germaniques, a continué d'appeler Karl, Karl le Grand , porte dans la langue et dans l'histoire des peuples néolatins un nom spécial , créé pour lui et qui n'appartient qu'à lui : Charlemagne!

Plusieurs villes se disputent l'honneur d'être son berceau '. Il serait oiseux et d'ailleurs de peu d'intérêt, en l'absence d'indication précise de la part des auteurs contemporains,

1 Mabillon , Dere diplomalica, supplément., cap. ix.

'i Vid. Gérard, Hist. des Carol. ap. Warnkreniger. la dissertation sur Ir lien de naissance de Charlemagne , t. 1, p. 140 el siiiv.

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de discuter sur ce point les prétentions rivales d'Aix-la- (^hapelle, d'Ingelheim, de Carlstadt, do Satzhaurg, de Vargula, de Constance, de Paris même. Quel que soit le lieu où Berlrade put se trouver au commencement d'avril 762, pendant que son mari ouvrait la campagne contre le duc rebelle d'Aquitaine , c'est en terre française, à coup sûr, qu'il convient de placer la patrie légale, si l'on peut ainsi parler, de leur fils. En effet, les Etats attribués l'année précédente à Pépin étaient situés, on l'a vu, entre la Loire et la Meuse; et Bertrade elle-même, fdle d'un comte de Laon, appartenait à la Neustrie et avait ainsi un double motif d'y faire sa résidence.

Éginhard, le secrétaire, le familier de Charlemagne et le plus autorisé de ses Ijiographes , déclare n'avoir recueilli aucune particularité touchant l'éducation de son héros. « On n'a rien écrit, dit-il, sur sa naissance, sa première enfance et sa jeunesse. Parmi les survivants de cette époque, je n'ai rencontré personne qui puisse se flatter de connaître les détails de ses premières années ^ » On sait néanmoins qu'il reçut de sa mère les leçons et les exemples d'une grande piété. L'évêque Cartulf rend témoignage de cette influence de la reine Bertrade, dans une lettre où il dit à son fils : « 0 roi, si Dieu tout -puissant vous a élevé en honneur et en gloire au-dessus de vos contemporains et de tous vos prédécesseurs, vous le devez surtout aux vertus de votre mère M » Quelques passages des hagiographes nous apprennent encore qu'il fut instruit, avec les fils des principales familles frankes, dans l'école palatine, institution déjà en vigueur à la cour des Mérovingiens, et qui devait, sous son règne, prendre une si grande extension et jeter un si vif éclat. Son premier précepteur paraît avoir été l'abbé de Saint-Denis, Fuir ad.

1 Eginh. Vila Karolimagni, cap. IV.

2 Cariulf. Inslrudio epislolaris ad Carolum rcgem , ap. Migne, Patrolorf. lat. t. XCVl , col. 1363.

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