‹ CharlemagneChapitre 42 sur 236 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

fiait-elle pas la ck^positioii du ridicule monarque en qui se continuait alors la triste série des rois fainéants ! Cette anomalie d'une royauté en tutelle n'avait pu se perpétuer que grâce au long- conflit des forces sociales, maintenant surtout que la race mérovingienne ne tirait plus aucun prestige, devant ses sujets chrétiens, de la légende qui la faisait descendre des anciens dieux de la nation. Du jour où le sang de Clovis ne produisait plus d'hommes aptes au commandement suprême, le droit public en vigueur chez les Franks les autorisait à choisir leurs chefs en dehors de cette famille dégénérée. C'est à la lumière de ces principes, dont le sens et la portée sont nettement marqués par maint exemple, et non d'après nos conceptions modernes en matière de volonté nationale ou de légitimité, qu'il importe de juger ce qu'on est convenu d'appeler l'usurpation de Pépin , d'abord sur ses neveux, puis sur le roi Childéric. Le saint-siége, en couvrant de son autorité ce changement de dynastie, n'inventa pas, quoi qu'on en ait dit, une nouvelle jurisprudence gouvernementale; il ne fit que consacrer l'apphcation, exceptionnelle mais régulière , d'une des lois primitives des conquérants de la Gaule.

Voici comment l'événement est raconté dans la chronique des Gestes des rois franks : « En ce temps-là (751), les Franks, dégoûtés de n'avoir pas un roi capable et de supporter depuis de longues années la suite de princes sans intelligence que leur donnait la race royale, voulurent élever au souverain pouvoir Pépin le Pieux. Celui-ci refusa; mais , ayant rassemblé les premiers de la nation , il envoya de leur part à Pvome Burchard, évoque de Wurtzbourg, et Fulrad, son chapelain, avec mission d'interroger le pape Zacharie au sujet des rois qui étaient alors en France, et que leur faiblesse d'esprit empêchait d'exercer la souveraineté, et de lui demander si cette situation était bonne ou non. Le pape Zacharie, de l'avis des nobles romains, fit savoir aux Franks qu'il serait mieux de donner le nom de roi

à celui qui en avait la sagesse et la puissance qu'à celui qui n'avait du roi que le nom sans l'autorité '. » La forme de cette réponse montre assez qu'elle renfermait non pas un ordre du pape, comme l'affirment certains chroniqueurs^ que leur dévouement aux Carolingiens a portés à cette fausse interprétation, mais une simple appréciation et, tout au plus, un conseil. Le souverain pontife ne prétend pas, on le voit, résoudre un cas de conscience, il ne fait valoir d'autre considération que celle de la logique. Il n'avait pas d'ailleurs à examiner la loi des rapports existant entre le monarque mérovingien et ses sujets. Comme l'a judicieusement observé un historien moderne, « les papes, pères communs des fidèles, ne peuvent entrer dans ces questions de droit; ils ne doivent reconnaître que le fait; sinon la cour de Rome se trouverait enveloppée dans toutes les révolutions des peuples chrétiens^. »

L'opinion de Zacharie ne laissa subsister aucun scrupule. Childéric, le dernier des Mérovingiens, fut tondu et rentra, dix ans après l'avoir quittée, dans la solitude claustrale. Au printemps de 752, dans le mallum national tenu à Soissons, « Pépin , par le choix de toute la France , la consécration des évêques et la soumission des grands, fut placé sur le trône avec la reine Bertrade , selon l'ancienne coutume des Franks\ » Saint Boniface, en qualité de légat du saint -siège, le sacra d'après le rit alors en usage dans son Église maternelle, et reçut de lui le serment qui transformait pour jamais l'institution monarchique sur le continent européen.

Le Pontifical d'Egbert, évêque d'York (735), décrit ainsi le cérémonial qui était alors en usage pour le sacre des rois

1 Geslareg. franc. ann.7Sl. Le texte est cite ap. Lehuëron, Hist. des institutions carol., p. 99, note.

2 Les Annales de Lorsch, ad ann. 7'i9, disent à tort : " Per auctoritatem apostolicam jitssi< Pippinum regem fieri. » Ap. Pertz, Monum., t. I, p. 130.

3 Chateaubriand, Éludes historiques , t. III, p. 243.

4 Annales Lauriss, ann. 750, ap. Perlz, t. I, p. 136.

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