CHAPITRE
chait le saint-siége au trône de Constantin. La scission que l'intérêt politique de l'Occident réclamait dut être opérée par les Césars eux-mêmes et sur le terrain religieux. Il fallut leurs manies théologiques poussées aux derniers excès et leurs édits sacrilèges, il fallut l'insurrection de l'Italie orthodoxe, pour faire admettre en droit par la papauté (et encore avec quels tempéraments ! ) le fait acquis depuis longtemps de sa souveraineté temporelle sur les populations qui l'acclamaient.
Les empereurs Héraclides, sophistes couronnés, engagèrent cette lutte fatale, en prétendant imposer comme loi de l'État à tous leurs sujets, même au souverain pontife, l'erreur monothélite , d'après laquelle Jésus -Christ, malgré sa double nature, n'aurait eu qu'une volonté. Furieuse de la résistance des papes, et subordonnant tous les intérêts publics au triomphe d'une thèse philosophique, la cour byzantine ne se fit plus dès lors représenter en Italie, sous le nom d'exarques et de ducs, que par des sectaires officiels. La persécution religieuse s'ajouta aux exactions déjà exorbitantes pour irriter les populations. On voit bientôt saint Martin P'', coupable de ne s'être pas incliné devant l'infaillibilité doctrinale de l'empereur Héracléonas, arraché de la Ville éternelle, transporté en Grèce et en butte à mille outrages. Mais les catholiques, sentant leur force et leur droit, prennent le parti de repousser la guerre par la guerre, et font bonne garde autour du siège pontifical. Aussi quand, un demi-siècle plus tard, Justinien II essaie de faire enlever le pape Sergius pour lui extorquer l'approbation des actes de l'assemblée schismatique connue sous le nom de concile in Trullo (692) , la milice populaire empêche la réussite de ce nouvel attentat. L'autorité du pape suffit à peine pour sauver de la légitime colère de ses défenseurs les émissaires impériaux. Une démonstration nationale, non moins spontanée et irrésistible, protège encore le successeur de Sergius, Jean VI, contre les violences méditées par
l'exarque. A la fin, éclairée par celte triple expérience, Rome ferme ses murs à cet éternel agent de trahison que l'empire entretenait comme duc auprès du Latran. A la suite d'une mêlée sanglante, que le pape seul encore parvint à arrêter, le duc Pierre, délégué de l'empereur Philippique, est chassé de la ville, et les citoyens le remplacent par un homme de leur choix (713). De ce jour, le nom de l'empereur disparaît des monnaies , des actes officiels et des prières publiques. Le territoire de Rome ne dépend plus de Constantinople que par le tribut.
Mais, loin que cette émancipation politique des Romains fût dans les vues du souverain pontife, Constantin s'attachait , au contraire, dans ce même temps à préciser le caractère purement religieux de la lutte qu'il soutenait comme chef de l'Eglise. La cause du conflit était le sixième concile œcuménique, tenu à Gonstantinople en G80, et dont Philippique niait la validité et avait brûlé les actes. Le pape se contenta, pour l'enseignement des fidèles, de faire peindre, sous le portique de la basilique de Saint- Pierre, les six conciles généraux. Cette protestation, en dépit de sa forme modérée, amena justement la crise d'où sortit l'affranchissement de l'Italie impériale; car elle contribua plus peutêtre que toute autre raison à provoquer la persécution iconoclaste.
Après Philippique, commence une nouvelle dynastie, celle des Isauriens, montagnards grossiers, étrangers, il est vrai, aux querelles d'écoles et dédaigneux des subtilités théologiques , mais que leur ignorance même et l'étroitesse de leur esprit disposaient à poursuivre jusqu'aux dernières conséquences la guerre ouverte contre la prééminence du siège apostolique. Léon III, chef de cette famille, s'était accoutumé dans sa jeunesse, sous l'influence des juifs et des musulmans, à considérer les honneurs rendus aux images pieuses comme une idolâtrie. Devenu empereur, sa doctrine trouva d'autant plus de crédit qu'elle offrait aux Grecs