CHAPITRE II
ment le gouvernement des consciences. C'est le pouvoir spirituel qui avait eu à repousser des tentatives d'usurpation ; il n'en avait point commis. Il ne se départit pas de son attitude conciliante et réservée, même après que le couronnement de Pépin eut assuré à l'Eglise l'appui de la plus grande puissance militaire du monde.
C'est à peine si le souverain pontife, Zacharie, eut le temps d'apprendre ce résultat de sa réponse aux messagers des leudes franks. Il mourut le 15 mars 752. Etienne II fut proclamé douze jours plus tard.
Le roi des Langobards , Aistulf, jugea ce changement favorable à la réalisation de ses desseins ambitieux. Comme tous ses prédécesseurs, il aspirait à réunir l'Italie entière sous son sceptre. Mais , depuis trois ans qu'il régnait , il n'avait encore rien tenté, paralysé par la crainte de Zacharie , dont la grande autorité avait fait tomber les armes des mains de ses deux prédécesseurs. Aussitôt délivré de cet adversaire redouté, il entre en campagne, occupe la Pentapole et s'empare de Ravenne. L'exarque Eutychios s'enfuit sans combattre, et pour ne plus revenir. Ainsi finit l'exarchat, fondé par Narsès, cent quatre-vingt-quatre ans auparavant, dans le but de contenir l'invasion langobarde. Excité par ce premier succès, Aistulf marche contre Rome. Le nouveau pape lui envoie un message pacifique avec de riches présents , et parvient ainsi à l'éloigner. Le roi consent même à signer une trêve de quarante ans. Mais, dès le quatrième mois, il viole son serment.
Eût-il été sincère que ses soldats l'auraient poussé en avant malgré lui. Le pouvoir royal,- chez les Langobards,
' Aislulfus, qu'on appelle aussi Astolphe ou Ataulf.
était loin d'être absolu. Dans la lutte souvent obscure de passions et d'intérêts divers au milieu de laquelle s'agitaient, depuis deux siècles, les destinées de cette monarchie élective, un fait constant se manifeste: c'est la prépondérance, au sein de la nation , d'un parti militaire obstiné à poursuivre l'annexion de l'Italie romaine. Ce parti, quels que fussent ses éléments, avait toujours dirigé souverainement la politique extérieure, tiède quelquefois, il est vrai, à seconder la royauté dans la réalisation des plans de conquête qu'il lui imposait, mais toujours prompt à châtier, par la déposition ou même par l'assassinat, les rares monarques qui avaient voulu respecter l'indépendance temporelle du saint-siége. De tels peuples sont des torrents qui suivent leur pente aveuglément et jusqu'au bout ; il n'y a pas à attendre qu'ils se maîtrisent eux-mêmes; il faut pour les arrêter un obstacle matériel infranchissable , une digue plus forte que leur courant.
L'appoint de résistance nécessaire ne pouvait être fourni par les Grecs. Après tant d'autres preuves de son impuissance, la misérable chute de l'exarchat venait encore de démontrer que l'empire, même lorsque ses plus graves intérêts étaient en jeu, se trouvait hors d'état d'exercer en Italie aucune action militaire. Néanmoins Etienne II, ayant échoué dans de nouvelles négociations pour désarmer l'ennemi , adressa d'abord à Constantin Copronyme une demande de secours. Au lieu de soldats, l'empereur envoya vers Aistulf un ambassadeur, le patrice Jean. Le roi langobard n'eut garde de rebuter la cour byzantine, et, sans lui restituer un pouce des territoires qu'il lui avait enlevés, il l'amusa durant près d'un an par des échanges de messages. Cependant il poursuivait vivement ses entreprises contre Rome, menaçant les habitants des plus cruels traitements s'ils ne reconnaissaient sa suzeraineté, et réclamant, comme gage de leur soumission, un tribut annuel d'un sou d'or par tête.