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CHAPITRE II

Abandonné de l'empire , le pape avait tourné ses vues du côté de l'alliance franke. Un pèlerin avait porté secrètement de sa part au roi Pépin des lettres, oîi il le priait d'envoyer à Rome des ambassadeurs chargés d'inviter officiellement le pontife à se rendre en France. Il ne fallait rien moins qu'une telle intervention pour permettre à Etienne de sortir de sa capitale, dont les troupes langobardes gardaient soigneusement toutes les issues. Au moment même où Copronyme répondait par un nouvel aveu d'impuissance au cri de détresse du pape et lui donnait la mission étrange d'être lui-même auprès d'Aistulf l'avocat des revendications grecques, deux noJjles franks lui apportaient les protestations de dévouement de Pépin et venaient se mettre à sa disposition pour l'escorter au delà des monts : c'étaient Chrodegang, évêque de Metz, et le duc Otker (Olcharius) , que les chansons de gestes ont rendu célèbre sous le nom d'Oger le Danois.

Rassuré sur le sort de Rome, Etienne ne voulut pas refuser à la cause impériale un dernier témoignage de bon vouloir. Il alla trouver Aistulf, accompagné du patrice Jean et des deux représentants de la France. Le conquérant , inquiet d'avoir à fournir des explications de sa conduite et de ses projets en présence de ces nouveaux témoins , fit prévenir le pape avant son arrivée « qu'il n'eût pas l'audace de formuler la moindre réclamation », — « Dites à votre maître, répondit Etienne à ses courriers, que ni les menaces ni la violence ne m'empêcheront de parler comme je le dois. » Les ménagements diplomatiques n'étaient plus possibles. Aux demandes de restitution que le pape lui adressa au nom de la république romaine, et le patrice au nom de l'empire, Aistulf opposa un refus péremptoire. — Les ambassadeurs franks intervinrent alors pour réclamer le libre passage du souverain pontife en France. Aistulf, décontenancé, interrogea Etienne et essaya de le faire renoncer à ce voyage. Celui-ci ne lui dissimula pas le but de la démarche qu'il allait

faire auprès de Pépin. — Le voyant inébranlable dans sa résolution, le roi déclara, bien à contre-cœur, qu'il n'avait jamais songé à retenir captif le successeur de saint Pierre ^

Malgré cette déclaration, l'auguste voyageur ne s'attarda pas longtemps dans le voisinage de l'ennemi. Parti de Pavie le 10 novembre 753, il gagna Cluses à grandes journées et ne se sentit libre que sur la terre hospitalière des Gaules, où il pénétra par le mont Joux (le grand Saint- Bernard). C'était la première fois que les populations d'en deçà des Alpes voyaient au milieu d'elles le vicaire de Jésus- Christ.

Les circonstances ne pouvaient être plus propices à l'entrevue du pape et de Pépin. La paix régnait partout dans l'empire frank. Les intrigues d'Aistulf, secondé par Griffon et son hôte le duc d'Aquitaine, avaient, il est vrai, provoqué naguère l'agitation sur plusieurs points, mais la rapidité des succès de Pépin avait déjoué cette manœuvre avant sa réalisation complète. L'Aquitaine contenue dans le devoir, la Septimanie arrachée presque tout entière à la domination musulmane , une victoire décisive remportée sur les Saxons soulevés à l'instigation de Griffon , la mort de cet infatigable ennemi domestique, tué dans un combat contre les comtes franks de Bourgogne , enfin les Bretons soumis au tribut : tels étaient les événements qui avaient rempli cette année 753. Depuis les Pyrénées jusqu'au Weser, l'autorité de Pépin était universellement respectée.

Ce prince était à Thionville quand un messager accourut lui annoncer l'arrivée d'Etienne dans le royaume. Il dépêcha au-devant du pontife son fils Charles, au milieu d'une brillante escorte d'antrustions, et lui-même se rendit à la villa de Ponthion, pour y recevoir l'auguste visiteur. L'enfant royal, qui n'avait pas encore douze ans, fit cent milles (environ cent quarante-huit kilomètres) à la rencontre du

1 Anast. Bibliolh. Lib. Pontifie, cité ap. Darras, Hist. génér. de l'Église, t. XVII, p. 243.

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