CHAPITRE II
cortège pontifical. Pépin, avec sa femme, ses autres enfants et toute la cour, vint Pattendre à la distance d'une lieue (trois milles). « En abordant Etienne, il descendit de cheval et se prosterna humblement à terre, ainsi que sa famille et sa suite; puis il marcha à côté de l'écuyer du pape, comme pour lui servir de courrier (sirator). Alors le souverain pontife se mit à célébrer à haute voix la gloire et les louanges infinies de Dieu, tout son clergé l'accompagna, et c'est au chant des hymnes et des cantiques qu'on entra dans le palais, le 6 janvier 754, jour de l'Epiphanie'. »
Le pape s'occupa dès le lendemain des négociations qui l'avaient amené en France. Mais cette fois les rôles étaient changés. Accueilli la veille comme chef de l'Eglise et par un de ses fidèles, avec la pompe due à son caractère sacré, il se présenta ensuite en suppliant devant le prince puissant dont il sollicitait l'alliance. Il vint le trouver, à la tête de son clergé, sous la cendre et le cilice, et le conjura, en versant un torrent de larmes, de garantir la situation faite par les traités de paix au saint-siége et à la répubhque romaine. Le traité invoqué par le pontife était évidemment celui qu'Aistulf avait souscrit et presque aussitôt violé l'année précédente. Le roi s'empressa de le relever, lui tendit la main et s'engagea par serment à lui procurer satisfaction. Peu confiant, d'ailleurs, dans l'efficacité de l'intervention toute pacifique qui lui était demandée, il promit d'user de tous les moyens en son pouvoir afin d'obtenir la restitution de l'exarchat de Ravenne et celle des territoires et des droits ravis à la république. « On envoya sur-le-champ une ambassade prier Aistulf, au nom des bienheureux apôtres Pierre et Paul, de cesser ses incursions hostiles sur le territoire de Rome, et l'inviter, de la part du roi des Franks , à ne plus lever de tribut sur les Romains ^ » En attendant le résultat des négo-
i Aiiasl. Biblioth. Lib. Pontifie., cilé ap. Darras, HisI, géncr. de l'Eglise, t. XVII, p. 243.
2 Fredeg. Chron., continuai., IV pars.
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dations . Pépin mena Etienne passer l'hiver à l'abbaye de Saint- Denis, près de Paris.
C'est là qu'un nouveau sacre confirma l'avènement au trône de la famille carolingienne. Le dernier roi mérovingien, Ghildéric, venait de mourir au monastère de Sithiu. Le souverain pontife, au milieu des grands leudes, dans la basilique de Saint- Denis, oignit de l'huile sainte Pépin, ainsi que ses deux fils et sa femme. En bénissant les assistants, il leur fit défense, sous peine d'excommunication, de donner à l'avenir la couronne à aucun homme d'une autre lignée. Il conféra en même temps au roi et aux jeunes princes Charles et Carloman le titre de patrices des Romains, qui devait les constituer protecteurs officiels de l'Église, et leur attribuait, dans l'Etat pontifical, la même juridiction et les mêmes charges qui incombaient, dans le royaume des Franks, aux avoués (advocati) ou défenseurs militaires des domaines ecclésiastiques. Créé par Constantin, le patriciat avait eu ce caractère dès l'origine, ainsi que le montre la formule par laquelle les empereurs en donnaient l'investiture. « Comme nous ne saurions , disait le monarque au titulaire , nous acquitter seul de la charge qui nous est imposée, nous vous accordons l'honneur de faire justice aux églises de Dieu et aux pauvres, vous souvenant que vous en rendrez compte au souverain Juge'. >^ Le titre de patrice des Romains avait toujours été attaché à celui d'exarque de Ravenne", et l'on a vu comment, dans les derniers temps surtout, les obligations en avaient été entendues et remphes. C'était un droit naturel et aussi un besoin absolu pour l'Église, privée de tout appui du côté de l'empire, de faire appel au zèle et au dévouement d'une autre puissance.
Comme il fallait s'y attendre, Aistulf ne se laissa pas persuader par les ambassadeurs d'abandonner les provinces
1 Graphia aurea urbis Romœ, c'iié ap. Ozanam, la Civilis. chrél. chez les Francs, ch. vi, p. 231.
2 Gosselin, du Pouvoir du pape au moyen âge, p. 239, note.