CHAPITRE II
qu'il avait annexées à son royaume. Il se flattait toujours de détacher les Franks de l'alliance pontificale, et il crut avoir trouvé un bon moyen d'arriver à ses fins, par le choix qu'il fit du messager chargé de porter sa réponse à Pépin. Ce messager fut précisément le frère du roi , Carloman , devenu moine du Mont-Cassin, et, en cette quahté, sujet de la couronne langobarde. Les instructions données au moine diplomate tendaient à rendre Pépin dupe, sinon complice, des agissements d'Aistulf en Italie. « On croit, dit un contemporain , qu'il n'avait accepté une telle mission que par obéissance pour son abbé, lequel n'eut pas lui-même le courage de résister aux ordres impératifs du roi des Langobards^ » L'entrevue des deux frères eut lieu à Quierzy- sur -Oise, où le mallum national était convoqué. Que Carloman ait servi ou non les intérêts des Langobards, la politique de Pépin n'en fut nullement modifiée, et il fit ratifier dans cette assemblée les engagements qu'il avait pris à Ponthion à l'égard du pape. Prévoyant même le cas très-probable où il faudrait recourir aux armes pour faire évacuer les conquêtes d'Aistulf, le roi frank rédigea une promesse de donation au saintsiége de toutes les provinces italiennes qui ne dépendaient pas légalement de la couronne de Pavie. En voici l'énumération d'après le texte du traité : « l'île de Corse tout entière, les domaines de Saint-Pierre à Pistoie, à Luni, Lucques, le monastère de Saint-Vivien sur le mont du Pasteur, Parme, Regium, Mantoue, Vérone, Vicence, Monte -Silice, Bitunea (Paludi), le duché de Venise et d'Istrie en entier, la cité d'Adria, Comacchio, Ravenne avec tout l'exarchat, l'Emilie, les deux Toscanes, celle des Romains et celle des Langobards, la Pentapole, Montefeltro , Urbino, Cagli , Luceofi, Eugubio, Jesi, Osimo , le duché de Spolète en entier, le duché de Pérouse en entier, Polimarzo , Narni , Utricoli , Marturano, Castrum -Vêtus, Cofiinovo-, SeUi , Populonia ,
1 Annales d'Angilbert (précédemment altribuées à Éginhard).
Centiim-Cellae (Cività-Vecchia) , Porto, Ostie, la Campanie en entier, Anagni, Segni, Frisilio, Piperno, Veroli, Patrica, Castrum-Nebitar, Terracine, Fundi, Spelunca (Gro</a-Ferrata), Gaëte'. »
Deux nouvelles ambassades envoyées à Aistulf n'ayant reçu de lui que des réponses dédaigneuses et même outrageantes « pour le très -excellent Pépin et tous les Franks », la guerre fut engagée , en dépit des protestations d'une partie des leudes les plus puissants , qui, sans doute gagnés à la cause langobarde, menaçaient de retourner dans leurs terres plutôt que de suivre le roi dans une expédition au delà des Alpes.
t Carlo Troya, Codice diplomalico Langob., t. V, p. 503, ap. Darras, Hisl. géncr. de l'Église, t. XVII, ch. m, p. 277.
Kig. 28. - Bibl. nationale, Lat. 94-28. (W siècle.)
Fifl. '29. - Bibl. nationale, Lat. 9428, i» 90. (ix« siècle.)