CHAPITRE III
'armée franke était déjà arrivée au bord du Rhône , lorsque la dernière négociation , entamée avec Aistulf à la sollicitation du pape, suspendit sa marche. C'est à Vienne que ^h Pépin, suivi jusque-là par toute sa famille , attendit le retour de ses ambassa- MA deurs et reçut la réponse hautaine du roi des Langobards. Laissant Bertrade dans cette ville, il fit aussitôt avancer ses troupes vers les passages de la frontière italienne. Le prince-moine Carloman, qui s'était joint à l'expédition pour regagner avec plus de sécurité le mont Cassin, resta, lui aussi, à Vienne, retenu par les premières atteintes d'une fièvre qui ne tarda pas à l'emporter (17 août).
Fig. 30. - Bibl. nationale, Lat. 9428, t« 16 ( IX" siècle.)
11 paraît que les deux fils de Pépin, malgré leur jeune âge, l'accompagnèrent au delà des monts, et que Cliarlemagne fit ainsi ses premières armes parmi les défenseurs du saint -siège. Si aucun texte contemporain ne le dit formellement, la preuve de ce fait, que les chroniqueurs ont passé sous silence, résulte clairement des lettres du pape Etienne, signalant la participation des deux jeunes princes à l'entreprise paternelle.
Définitivement ouverte vers la fin de Tété 754, la campagne fut inaugurée et presque en même temps terminée par un coup décisif. Aistulf avait pris de solides positions dans le val de Suse, prêt à en défendre vigoureusement le passage. Mais le roi frank, arrêtant le gros de ses forces à Maurienne, n'eut besoin que d'une habile manœuvre d'avant-garde, mal expliquée d'ailleurs par les historiens, pour culbuter l'ennemi hors de ses retranchements. « Ce fut une déroute complète, dit la chronique de Frédégaire. Une foule de ducs, de comtes et autres chefs langobards trouvèrent la mort sur le champ de bataille. Aistulf n'échappa qu'à grand'peine, en se laissant glisser le long d'une rampe escarpée, et courut, avec do misérables débris, s'enfermer dans Pavie. « Son camp , avec les richesses et les provisions considérables qu'il contenait, tomba aux mains des vainqueurs. Dès lors rien n'empêcha les bataillons franks de défiler à travers les gorges du mont Cenis et de se répandre dans les vallées du Po et du Tésin, où ils ravagèrent tout le pays et livrèrent les citadelles aux fiammes. Aistulf se vit bientôt bloqué dans sa capitale, sans moyen sérieux de résistance et sans issue pour fuir. Le pape intervint alors de nouveau afin d'arrêter l'eirusion du sang, et, cette fois, ses efforts furent couronnés de succès. Aistulf s'empressa d'acquiescer à toutes les propositions de paix qu'on lui ofiVit. « 11 s'engagea à faire au saint-siége toutes les restitutions qu'il lui devait, renonça à la possession de la Pentapole, Narni, Ceccano, et, en général, de tous les territoires qu'il avait usurpés. 11 compta au