CHAPITRE III lis
roi Pépin une somme de trente mille sous d'or, s'obligeant, en outre, à lui payer un tribut annuel de cinq mille sous, à vivre sous la suzeraineté franke et à ne faire aucun acte d'hostilité contre la république romaine. Ces diverses clauses furent jurées solennellement par le roi et par tous les grands de sa suite , dont quarante furent livrés en otage pour la garantie de la convention ^ »
Pépin transporta sur-le-champ au pape la souveraineté des provinces cédées ; puis , « ayant reçu la bénédiction du seigneur apostolique, qu'il renvoya en paix à Rome, luimême rentra victorieux dans son royaume. »
Aucun corps de troupes frankes ne resta en Italie pour assurer l'exécution du traité de paix. Pépin , confiant plus que de raison dans la loyauté d'Aistulf, en dépit des appréhensions du souverain pontife, se contenta de faire accompagner celui-ci jusqu'à sa capitale par une escorte d'honneur, composée de l'élite de ses antrustions, sous la conduite du prince Hiéronyme (Jérôme), fils bâtard de Charles- Martel, et de l'archichapelain Fulrad. L'enthousiasme des Romains fut au comble à l'arrivée du pontife libérateur. Mais l'allégresse devait être de courte durée.
Aistulf, en effet, ne s'était montré si accommodant sur les conditions de la paix que parce qu'il était résolu à ne pas les accomplir. Il avait hâte seulement d'éloigner l'ennemi. A peine les troupes de Pépin, rentrées en Gaule, avaient-elles été licenciées pour l'hivernage, que Thériban langobard se formait autour d'Aistulf pour punir le pape de son alliance avec les étrangers. Au lieu d'être évacuées suivant les conventions, les provinces de la Pentapole et de l'exarchat furent soumises à une occupation plus rigoureuse, et quand, au bout de quelques jours, l'escorte franke quitta Rome, les* hostilités avaient déjà recommencé. Fulrad emporta une lettre d'Etienne adressée « aux seigneurs, ses très -excellents
1 AnnaZ. Franc, citées ap. Darras, Hist.génér. de l'Église, i. XVII, p. 295, note.
(ils, Pépin, roi et son compère spirituel, Charles et Carloman, aussi rois, tous trois patrices des Romains », dans laquelle il annonçait que l'intervention des Franks, loin d'assurer la tranquillité de la république romaine, n'avait fait qu'aggraver ses périls.
« Nous aurions désiré, très-excellents fds, écrit le pape, retarder ce message. Mais Aistulf, roi des Langobards, ne cesse de nous susciter des tribulations, et notre cœur est accablé de douleur, notre esprit est plein de tristesse... 0 notre compère spirituel, et vous, ses très-doux fils! pour répondre à la miséricorde de Dieu qui vous a, du ciel, envoyé la victoire, vous vous êtes efforcés de rétablir la juridiction de saint Pierre, et votre munificence a confirmé par un acte de donation les restitutions promises par Aistulf. Mais ce que nous avions prédit de la malice de ce roi impie s'est déjà réalisé, le parjure se joue de ses serments. Il n'a pas permis qu'un seul palme de territoire fût rendu à saint Pierre, à la sainte Église de Dieu ou à la république romaine. Quels maux il nous fait endurer depuis le jour de votre départ, de quels outrages il couvre la sainte Eglise de Dieu, aucune langue humaine ne saurait l'exprimer. Nous regrettons bien amèrement, très-excellents fils, que vous n'ayez pas alors écouté nos observations et les ayez traitées comme des illusions sans fondement... Dupes de votre confiance envers un roi inique, vous voyez maintenant violé par lui l'acte de donation émané de votre volonté. Je vous conjure, fils très - excellents , au nom du Seigneur, de Notre- Dame, sa sainte et glorieuse mère, et du bienheureux Pierre, prince des apôtres , de qui vous tenez l'onction royale , d'avoir pitié de la sainte Église de Dieu, de faire exécuter la donation que vous avez offerte à votre protecteur et notre maître, le bienheureux Pierre, et de ne plus croire aux paroles captieuses et aux déclarations illusoires de ce misérable roi ni de ses agents. L'apôtre saint Paul dit : « 11 vaut mieux