‹ CharlemagneChapitre 56 sur 236 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

« ne point faire de vœux que d'en négliger raccomplisse- « ment. » Nous vous avons confié tous les intérêts de la sainte Eglise de Dieu , et vous rendrez compte à Dieu et à saint Pierre, au jour terrible du jugement, de la manière dont vous aurez combattu pour sa cause et pour la restitution de ses domaines. Depuis longtemps celte noble mission vous était réservée, d'exalter l'Eglise et de fonder la juridiction du Prince des apôtres. Aucun de vos pères n'a mérité cette gloire, mais c'est vous que Dieu a choisis et appelés dès l'origine des temps. Hâtez -vous donc, car il est écrit : « La foi « se justifie par les œuvres. »

« Notre fils, votre conseiller Fulrad, et ses compagnons vous feront connaître les tribulations que nous avons subies et auxquelles nous sommes journellement en butte. Prenez en main la cause de saint Pierre, afin que vous soyez victorieux en cette vie par la grâce de Dieu, et que, par l'intercession du Prince des apôtres, vous goûtiez plus tard les joies éternelles. Adieu, très-excellents fils^ »

On a jugé intéressant de citer, dès le début de cet ouvrage, et en son entier, la première lettre d'Etienne II, non-seulement parce que l'enfant de douze ans qui devait être Charlemagne y est associé déjà, en sa qualité de patrice, à la politique religieuse de Pépin, mais encore parce que le texte de ce document explique mieux que tous les commentaires la nature des relations existant, dès cette époque, entre le saint-siége opprimé et ses puissants alliés de France. Le pape, en réclamant le secours des rois carolingiens, n'hésite pas à leur rappeler que c'est à saint Pierre qu'ils doivent leur couronne, et que Dieu, les ayant choisis de préférence pour être les défenseurs de l'Eglise, leur demandera compte de ce qu'ils auront fait en faveur de son vicaire. On voit ainsi de quel côté il place l'obligation. Le ton général de cette

1 Slephan. II, papœ , Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 480.

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pièce est bien celui du pasteur suprême des chrétiens, indiquant à des fidèles le devoir qui s'impose à leur conscience. Certes, il y a loin de cette situation aux théories accréditées de nos jours par tant d'ouvrages, d'ailleurs considérables mais animés de préoccupations politiques en contradiction avec l'histoire, sur l'effacement et même la vassalité oi^i les papes se seraient tenus vis-à-vis de leurs bienfaiteurs carolingiens, en échange de services qui n'auraient procuré, du reste, au saint-siége qu'une dotation territoriale sans souveraineté proprement dite. Il ne faut pas oublier que le document qui précède, ainsi que les extraits de la correspondance pontificale offrant le même caractère qui trouveront leur place dans le cours de ce récit, ont été recueillis et conservés à la postérité par les soins de Chaiiemagne lui-même, c'est-à-dire du puissant empereur dont on a voulu faire un tuteur ombrageux et despotique de la papauté, à la manière des Césars du moyen âge, et selon l'idéal si déplorablement poursuivi par Napoléon à l'égard de Pie VII!

Quelques semaines plus tard, à la fin de décembre, nouveau message, conçu dans le même sens, mais plus pressant encore, et confié à l'évêque de Nomentum, Villarius, qui, l'année précédente , avait accompagné le pape dans son voyage en Gaule. Non content de retenir l'exarchat et la Pentapole, Aistulf avait lancé ses troupes sur le duché de Rome, rassuré désormais du côté des Alpes, dont les neiges rendaient, pour de longs mois, le passage impraticable à une armée. Il voulait mettre à profit cette inaction forcée des Franks pour achever d'absorber la Péninsule, et c'était une lutte à mort qu'il engageait avec la papauté, gardienne de l'indépendance romaine. Le 1" janvier, les bandes langobardes, ayant ravagé la Toscane, venaient mettre le siège devant la Ville éternelle, et, pendant cinquante-cinq jours, le blocus fut si étroit que le pape ne put faire sortir aucun courrier. Sa situation était.pleine d'angoisses. Plusieurs fois,

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