CHAPITRE III
le roi fit crier par ses hérauts aux défenseurs des remparts : « Ouvrez- moi une de vos portes, livrez-moi votre pontife, et je vous traiterai avec indulgence. Sinon, je renverse ces murailles et vous passe tous au fil de l'épée. Nous verrons qui pourra vous tirer de mes mains ^ » Il ne fallait qu'un traître pour fournir à Tennemi le moyen d'accomplir ses desseins perfides. Heureusement ni la trahison ni la peur ne provoquèrent de défaillances au sein d'une population livrée aux horreurs d'un siège, et menacée, pour prix de son courage , des plus terribles représailles : tant la haine de la domination langobarde était un sentiment universel et véritablement national !
Les assiégeants semblaient prendre à tâche de justifier et d'accroître leur réputation de barbarie, en foulant aux pieds les lois les plus sacrées de la religion et de l'humanité. Les invasions des hordes païennes qui avaient submergé l'empire depuis trois siècles n'avaient pas répandu dans la campagne romaine autant de ruines et d'épouvante que cette incursion d'un peuple qui se proclamait chrétien. Le fer et le feu venaient, sous sa main, de transformer en désert toutes les localités suburbaines. Les églises étaient réduites en cendres, et les soldats d'Aistulf, émules des Grecs, avaient pris plaisir à livrer aux flammes les images pieuses. Ils allaient jusqu'à mêler les hosties consacrées avec leurs aliments dans les marmites du bivouac, et à se les partager dans des festins sacrilèges. Leur brutalité, s'exerçant sur des vierges arrachées des cloîtres et sur de jeunes mères que ne protégeaient pas les cris de leurs petits enfants suspendus à la mamefle , témoignait assez de la nécessité d'une intervention étrangère pour sauver d'un cataclysme irréparable le foyer sacré de civilisation qui n'avait pas cessé jusque-là de rayonner sur le monde.
Telle fut la pensée qui inspira un nouveau message du
1 Stephan. II, papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V.
pape, que, le 24 février, trois envoyés réussirent à emporter vers la libre terre des Gaules, en s'échappant de Rome par la voie de mer. Tableau navrant des crimes des assiégeants et de la grandeur du désastre matériel et moral inséparable de leur triomphe, l'appel du pontife s'adressait non plus seulement aux rois, mais à tous les guerriers de la nation franke et à leurs pasteurs religieux. Le mallum national du printemps était proche. Il ne suffisait pas de réchauffer le zèle de Pépin pour la cause du saint -siège : il fallait porter la conviction et l'enthousiasme dans cette réunion militaire. Secrètement gagnés par les intrigues de la cour de Pavic ou indifférents à des événements qu'ils ne considéraient que comme une crise de politique étrangère, nombre de leudes d'en deçà des Alpes avaient manifesté, on l'a vu, au début de la première expédition , une vive répugnance à se mêler des affaires de l'Italie. Il importait donc de leur faire comprendre l'intérêt éminemment religieux de cette intervention. Le pape trouva, pour y réussir, une haute et féconde inspiration. Elevant la question au-dessus de toutes considérations humaines, s'effaçant lui-même pour ne laisser en cause que le vicaire de Jésus-Christ, il écrivit une lettre, au nom même de l'apôtre saint Pierre, aux défenseurs privilégiés de son Eglise.
L'appel de saint Pierre et de son représentant fut entendu dans le royaume carolingien. « En apprenant la trahison d'Aistulf, dit le continuateur de Frédégaire, Pépin ne put dissimuler son indignation : il résolut de rentrer en Italie et convoqua son armée. » Aussitôt après le mallum national, il franchit de nouveau les Alpes, culbutant, comme l'année précédente, les défenseurs du val de Suse.
Aistulf, abandonnant alors sa folle entreprise du siège de Rome, courut se renfermer dans sa capitale, qui ne tarda pas à voir, pour la seconde fois, les bataillons franks se presser autour de ses murs, grossis encore des contingents baïvares, que leur duc Tassilon s'était empressé d'à-