CHAPITRE III
mener par les montagnes de la Rhétie , à la convocation de son oncle et suzerain, Pépin. Les grands vassaux de Germanie et des Gaules n'osaient plus refuser leurs services au fils tout -puissant de Charles-Martel.
A peine débloquée, Rome recevait dans ses murs deux ambassadeurs de Constantinople : le protosyncelle Grégoire et le silentiaire Jean, chargés de négocier le retour à l'empire grec des territoires arrachés à la conquête langobarde. Ils s'alarmèrent en apprenant de la bouche d'Etienne l'intervention de Pépin et le projet de remaniement politique de la Péninsule manifesté dans sa déclaration de Quierzy. Surpris, ou du moins feignant rincréduHté à cette nouvelle, ils obtinrent du pape qu'il les fît transporter en Gaule par la voie de mer pour la vérifier et surtout pour en conjurer l'effet. Quand ils débarquèrent à Marseille, Pépin était déjà devant Pavie, arbitre du sort d'Aistulf et près de recevoir sa capitulation. Le protosyncelle l'y rejoignit en grande hâte , mais sa démarche demeura sans aucun résultat. En vain offrit-il de la part de sa cour les plus riches présents pour que l'exarchat de Ravenne fût rétabli dans la dépendance de Constantinople : « Aucune raison , répondit Pépin , ne me fera enlever de nouveau ces provinces au pouvoir du bienheureux Pierre, à la juridiction de l'Eglise romaine et du pontife assis sur le siège apostolique. Je jure que si je me suis tant de fois exposé au hasard des batailles, dans cette lutte contre Aistulf, ce n'est pas pour des intérêts humains, mais uniquement par amour envers le bienheureux Pierre et afin d'obtenir le pardon de mes péchés. Tous les trésors du monde ne me feraient pas retirer au Prince des apôtres ce que je lui ai une fois offerte »
Au défaut des considérations religieuses, la prudence la plus élémentaire, d'accord d'ailleurs avec l'équité, devait
1 Anast. Lib. Ponlific, cité ap. Darras, Hisl. génér. de l'Église, t. XVII, ch. III.
dicter au vainqueur une semblable réponse. RalLacher à l'empire les provinces italiennes convoitées par les Langobards, c'eût été éterniser la guerre. Hejetée avec horreur par ces peuples, (pi'elle ne savait que tyranniser et non défendre, l'autorité de Byzance n'avait plus aucun fondement en deçà de l'Adriatique. C'étaient ses anciens sujets qui avaient prononcé sa déchéance, et la décision du roi frank ne faisait que donner une légitime et nécessaire satisfaction à leurs aspirations, clairement exprimées depuis un quart de siècle. La paix fut accordée à Aistulf aux mêmes conditions que l'année précédente : seulement, à la restitution consentie par lui il dut ajouter deux places nouvelles, Comacchio et Narni.
L'archichapelain Fulrad reçut mission de son maître d'aller prendre possession, au nom du pape, des vingt-deux villes reconquises ; puis il vint solennellement en déposer les clefs sur la Confession de saint Pierre, en même temps que le nouvel acte de cession, rédigé par Aistulf. Ce document, consécration définitive des préliminaires de Quierzy, fut conservé dans les archives du Vatican , où , au siècle suivant, Anastase, gardien fidèle de ce dépôt, signalait encore sa présence et en transcrivait les clauses, pour les insérer dans sa vaste compilation des fastes pontificaux {Liber Pontiftcalis).
Dès lors les Etats du pape étaient constitués et avaient pris une existence internationale, si l'on peut ainsi parler. Toutefois il s'en fallait que les Langobards, deux fois vaincus, fussent résignés à l'exécution du traité. Malgré la remise des clefs des villes de la Pentapole et de l'exarchat, malgré ses propres serments, Aistulf n'avait pas encore cessé d'exercer la souveraineté dans une grande partie des territoires cédés, lorsque, l'année d'après, il mourut d'un accident de chasse (75(î). On voit combien la situation alors avait peu avancé, par cette lettre d'Etienne: « Que Dieu te
I Gosselin , du Pouvoir du pape au moyen âge, p. 243.