CHAPITRE III
bénisse, écrivait-il à Pépin, qu'il protège tes aimables enfants, mes fils spirituels, les seigneurs Charles et Carloman, institués par Dieu rois des Franks et patrices des Romains, avec leur mère très -chrétienne, l'excellente reine, ta douce épouse, fidèle servante de Dieu, notre commère spirituelle ; que Dieu multiplie votre race , qu'il la bénisse à jamais, qu'il la maintienne sur le trône, qu'il garde prospère sous votre autorité toute la nation des Franks...
« Je t'implore à genoux, et te prie en toute confiance de continuer à travailler au bion de l'Eglise et de faire restituer intégralement à ta mère spirituelle, la sainte Église, le reste des cités et des territoires qui obéissaient autrefois à un même gouvernement , afin d'assurer la tranquillité du peuple que vous avez sauvé des mains de ses ennemis. Notre fils aimé de Dieu , Fulrad , votre fidèle, en observant l'état des choses, a pu se rendre compte que ce peuple ne peut subsister sans l'union sous un même pouvoir des territoires qui ont toujours eu des destinées politiques communes...
« Le tyran Aistulf , le bourreau des chrétiens , le destructeur des églises, vient d'être frappé par la justice de Dieu et précipité dans le gouffre de l'enfer... Grâce à la providence de Dieu et à l'intercession de saint Pierre , sous tes auspices et par les soins de notre fils Fulrad, ton fidèle Desiderius, homme très -doux {virmitissimus) , a été choisi pour roi des Langobards. En présence de Fulrad, il a juré de restituer à saint Pierre le reste de ses villes: Faënza, Imola, Osimo, Ancône et Umano, avec leurs territoires; puis il nous a promis, par l'entremise du duc Garinod et de Grimoald, de nous rendre la cité de Bologne et de demeurer toujours en paix avec cette Eglise de Dieu et avec notre peuple : il a témoigné de sa fidélité à votre trône, que Dieu protège! et il nous a demandé de prier ta bonté de nouer avec lui et avec toute la nation des Langobards des hens de concorde et de paix '. »
) Stephan. II , papœ , Epist., ap. D, Bouquet, t. V, p. 7S6.
Intervention aussi fatale que généreuse du pontife, que la promptitude de sa mort, arrivée le 26 avril 7o7, empêcha seule d'assister à l'écroulement prochain de ses rêves pacifiques. Son protégé, cet homme si doux au moment de l'élection , si humble devant le pape et le roi des Franks, c'était le Didier de nos chroniques romanes , le perfide continuateur de la politique d'Aistulf, qui devait jouer et perdre sans retour, dans une lutte d'intrigues contre Charlemagne, nonseulement sa couronne, mais l'existence de la monarchie langobarde.
Quels que fussent, au début, les sentiments réels de Desiderius et les secrets calculs de son ambition dans le choix et la pondération de ses alliances, les événements l'entraînèrent presque aussitôt dans la politique antiromaine qui était la tradition de ses devanciers. Les deux duchés de Spolète et de Bénévent, avant-postes infidèles du royaume langobard, avaient profité du changement de règne pour reprendre leurs vieux rêves d'indépendance. Leurs ducs avaient secoué la suzeraineté du trône électif de Pavie, et celui de Spolète s'était même confédéré avec les autres Etats de la répubhque romaine. Desiderius accusa, on ne sait sur quels fondements, le saint -siège d'avoir favorisé cette révolte, et Paul P"", frère et successeur d'Etienne, avait ceint la tiare depuis un an à peine quand il vit de nouveau la guerre déchaînée autour de sa capitale. Une prompte et terrible expédition du roi fit rentrer d'abord Spolète dans le devoir, et comme les Bénéventins opposaient une plus longue résistance, Desiderius invoqua contre eux le secours des Grecs, offrant, en retour, à l'empereur de l'aider à reconquérir l'exarchat. Un ambassadeur de Constantin Gopronyme promit le débarquement d'une flotte à Otrante.
La coalition des ennemis du saint -siège, dénoncée aussitôt par Paul à son patrice, avait déjà, de son côté, dirigé ses vues et ses intrigues vers la cour franke et travaillé à endormir sa surveiflance. Constantin Copronyme, plus apte à