CHAPITRE III 12S
soutenir le Langobard par la diplomatie que par les armes, avait dépêché auprès de Pépin un émissaire, dont les riches présents, sinon les plans politiques probablement entourés de beaucoup de mystère, obtenaient alors en Gaule le plus vif succès. Il avait offert à la chapelle royale les premières orgues qu'on eût encore vues en Occident , et cette merveille excitait parmi les barbares un prodigieux enthousiasme. Mais il n'y avait pas là de quoi faire chanceler un seul instant la résolution du monarque , quand le motif des prévenances byzantines lui eut été révélé. Le pape, d'ailleurs, ne négligeait rien pour tenir en éveil le zèle de la famille carolingienne. Nous avons trois lettres qu'il écrivit en ces circonstances aux deux fils de Pépin. Elles méritent d'être citées ici ; car, outre qu'elles prouvent la présence des deux jeunes princes parmi les combattants des premières campagnes d'Itahe, elles fournissent un intéressant exemple du ton de paternelle autorité avec lequel le pape s'adressait à celui qui devait être Charlemagne. Elles peuvent servir aussi à accentuer une fois de plus le caractère de déférence rehgieuse qui domine dans tous les actes de la monarchie carolingienne en faveur de l'indépendance temporelle du saint-siége. La première de ces lettres est ainsi conçue :
« Aux seigneurs, ses très-nobles et très-excellents fils, Charles et Carloman, rois des Franks et patrices des Romains, Paul pape.
« Jadis Dieu tout-puissant, considérant l'affliction de son peuple d'Israël, opprimé par les impies Egyptiens, eut pitié de lui et lui envoya son serviteur Moïse, dont il se servit pour opérer des miracles et des prodiges, tirer son peuple de la servitude , lui donner des lois et le conduire en la terre du repos, si longtemps désirée. Il lui adjoignit Josué, chargé de combattre les combats du Seigneur, et tant d'autres adorateurs zélés de son saint nom , qu'il donna comme pro-
lecteurs aux Hébreux. Mais il n'y eut aucun d'eux en qui sa divine Majesté mil ses complaisances comme dans le roi David, dont il dit : « C'est le serviteur selon mon cœur, et je « l'ai oint de l'huile sainte. » Aussi lui accorda-t-il, à lui et à sa postérité, de posséder à jamais un trône glorieux.
« De même, très -excellents et très -nobles fils, que Dieu a faits rois, ce Dieu, notre Seigneur, a mis ses complaisances en Vos Excellences très -chrétiennes. Vous sanctifiant dès le sein de votre mère , il vous a élevés au plus haut faîte de la puissance royale; il a envoyé son apôtre le bienheureux Pierre, en la personne de son vicaire, pour vous oindre de riiuile sainte, vous et votre très-excellent père ; il vous a comblés de bénédictions célestes et vous a donné la mission d'exalter et de défendre énergiquement la sainte Église catholique et apostolique, ainsi que l'orthodoxie de la foi chrétienne. Déjà remplis de la grâce du Saint-Esprit et aidés des secours d'en haut, vous avez, très -excellents fils, apporté tous vos efforts à l'accomplissement de cette tâche, et, grâce à votre dévouement et aux combats que vous avez livrés pour elle, la sainte Eglise de Dieu, votre mère spirituelle, délivrée des embûches de ses ennemis, se réjouit en Notre- Seigneur Jésus-Christ. Vos actions pieuses ont éclaté aux yeux de Dieu , et vos noms sont écrits au céleste royaume , avec ceux des rois David et Salomon et de ses autres grands serviteurs.
« Redevable à vos services du relèvement du saint -siège, notre cœur nous pousse, très- chrétiens et très -chers his, à nous tenir au courant de votre prospérité et à nous en réjouir dans le Seigneur. C'est pourquoi notre affection paternelle vous adresse, dans ces lettres apostoliques, ses salutations, et sera heureuse de recevoir les vôtres par notre fidèle messager, Pierre, premier défenseur de notre sainte Église , que nous envoyons vers Vos Excellences. Nous vous prions de l'accueillir avec bienveillance , et de nous procurer l'assurance et la joie de vous savoir en bonne santé. Nous invitons instamment Vos Excellences, très-chers fds, à mar-